Pourquoi écrire de la Fantasy, raison n°2 : Pour ne pas opprimer la Thaïlande

Dans mon temps libre, je joue à Godzilla : je piétine des métropoles, je mets des continents à feu et à sang, j’opprime des peuples. L’herbe ne repousse pas derrière moi. En tout cas, sur papier.

Chaque histoire que j’invente comporte au moins un cataclysme. Dans ma petite série de roman intitulée « Histoire de la Comète », j’ai déjà détruit une civilisation. Je compte bien faire mieux au prochain tome (mon synopsis prévoit l’annihilation totale d’une nation, décrite de manière détaillée). Mais ce n’est rien à coté d’autres auteurs et je m’incline bien bas devant eux. Apprenez-moi comment on tue encore plus de figurants, sensei.

C’est moi.
– « Godzilla », 1954.

Ma propension à détruire des royaumes est l’une des raisons pour lesquelles j’écris de la Fantasy.
La Fantasy permet d’inventer un endroit, de s’y attacher, puis de le détruire de la manière qui convient le mieux. Tombe, Osgiliath ; perd ta magie, Lorien. On peut recommencer aussi souvent qu’on le souhaite. La Science-Fiction est toute aussi appropriée : dans la série de Frank Herbert, « Dune », des empires sont renversés et l’humanité se trouve soumise à une créature née de la symbiose entre un homme et des animaux extraterrestres invertébrés. Quel bonheur.

Pour l’auteur, c’est un jeu très amusant. De son côté, le lecteur est toujours ravi qu’il se passe quelque chose. Mais, dans les mains d’un conteur de talent, les destructions peuvent avoir un intérêt différent. Elles sont pour le lecteur un memento mori, un rappel de sa propre fragilité.

Le chef-d’oeuvre de J.R.R. Tolkien, « Le Seigneur des Anneaux » hante ses lecteurs. En contrepoint du récit héroïque, le livre est emprunt d’une profonde tristesse : il est traversé par des images de pertes, de royaumes disparus, de culture qui s’étiolent et vont bientôt mourir.
Le roman prend un nouvel éclairage lorsque l’on sait que Tolkien a participé à la Première Guerre Mondiale. Tolkien a combattu en France, notamment durant la bataille de la Somme en 1916. Puis il a contracté la fièvre des tranchées et a été renvoyé en Angleterre. Mais deux de ses plus proches amis, avec qui il aimait parler longuement de littérature anglaise et d’histoire, sont morts.
Non seulement Tolkien a personnellement souffert, mais il a été témoin de la réaction culturelle de l’après-guerre. D’après les commentateurs, les destructions ont montré que la civilisation européenne est fragile, mortelle. L’âge d’or de l’Europe appartient au passé : il faut se résigner à l’approche du crépuscule.
Les civilisations en déclins du Seigneur des Anneaux, la nostalgie d’une période ancienne, plus vivante et plus belle que le présent, sont touchantes parce que Tolkien exprime des sentiments qu’il ressent réellement. Et, nous aussi, nous les ressentons avec lui. Memento mori.

Tolkien écrit la Fantasy la plus fascinante qui soit : il écrit à propos de peuples imaginaires et leur donne vie avec des sentiments réels.
Cependant, pourquoi parler uniquement de pays imaginaires ? On peut décider de faire subir un triste sort à des pays qui existent réellement. Par exemple, que diriez-vous de détruire la Thaïlande ?
Lecteur, je vois que vous êtes intéressé. Comment s’y prendre ? Pour commencer, il serait bon d’écrire un roman d’anticipation.

On distingue parfois les romans d’anticipation du reste des romans de Science-fiction. Le terme de « roman d’anticipation » est le plus ancien des deux : il est déjà utilisé au XIXe siècle alors que le terme de « Science-Fiction » devient populaire vers la fin des années vingt.
Un roman de Science-Fiction peut très bien se dérouler dans une galaxie lointaine ou sur une planète peuplée de vers géants. En revanche, on appelle plus volontiers « roman d’anticipation » les récits où la situation découle directement de notre présent. Pour être plus précis, ce qui caractérise un roman d’anticipation, c’est qu’il met en lumière comment, en partant de germes présents dans notre société, on arrive à la situation de fiction.
Il va sans dire qu’il existe des recoupements importants entre Science-fiction et anticipation. Cependant, une particularité des romans d’anticipation est qu’on y reconnaît des entités politiques et culturelles de notre temps : états, nations, religions. C’est ainsi que l’auteur, s’il veut détruire des nations, détruira les Etats-Unis ou France, etc.

« Ou, pourquoi pas, la Thaïlande, » a décidé Orson Scott Card.
Auteur prolifique, Orson Scott Card a écrit en particulier deux cycles de romans, « Ender » et « la Saga des Ombres », qui commencent deux cents ans dans notre futur. Ces romans ont des aspects de Science-fiction pure, mais les questions de nationalismes et de religion y sont traitées avec une volonté de réalisme.
C’est peu dire que Scott Card y piétine systématiquement les nations : dans la postface de « l’Ombre de l’Hegemon » (« Shadow of the Hegemon »), il compare lui-même l’intrigue de son livre à « une immense partie de Risk ».
Le point de départ est simple. Dans « La Stratégie Ender » (« Ender’s Game ») et « la Statégie de l’Ombre » (« Ender’s Shadow »), de jeunes enfants issus de nations terrestres sont parqués dans une station spatiale. Là-bas, ils sont entrainés à devenir des stratèges sans merci pour détruire une race extra-terrestre qui menace l’humanité. Puis les enfants-stratèges retournent sur Terre et sont utilisés par leur pays d’origine pour gagner des guerres sanglantes et opprimer leurs voisins.
En particulier, dans « Shadow of the Hegemon », la Thaïlande et de nombreuses nations asiatiques (que je ne nomme pas par dessein, puisque vous aurez peut-être envie de lire le livre après avoir terminé cet article) passent au rouleau compresseur.
La Thaïlande est occupée par une grande puissance. Et voilà ce que cette grande puissance fait subir aux pays qu’elle a conquis :

« Tous les membres du gouvernement et leur famille, tous les professeurs, les journalistes, les écrivains, tous les politiciens et leur famille furent exilés de [leur pays] et emmenés dans un camp de rééducation situé dans [une région déserte], où on les affecta à des travaux manuels, eux et leurs enfants, pour le reste de leurs jours. Aucun d’entre eux ne revint jamais dans [leur pays].
Aucun de leurs enfants n’eut jamais la permission de continuer ses études après l’âge de quatorze ans. »( 1).

La Thaïlande demande : « Pourquoi tant de haine ? »
– Palais Royal à Bangkok.

Chère Thaïlande, Orson Scott Card est bien désolé de ce qu’il vient de vous faire subir.

« L’Ombre de l’Hegemon » est un ouvrage de grande qualité. Pourtant, l’idée d’inventer des souffrances à une nation réelle me met mal à l’aise. En annihilant la Thaïlande sur papier, j’aurais l’impression de traiter les véritables thaï (et les autres) de manière cavalière. De plus, dans le roman, un pays démocratique est présenté comme le premier agresseur qui souhaite se créer un empire : c’est loin d’être flatteur.
Ce n’est qu’un roman et en art, tout est permis. Malgré tout, si j’écrivais des choses pareilles, mes amis thaïs et citoyens des pays voisins se demanderaient probablement ce qui m’est passé par la tête. Ceux qui viennent du pays présenté comme l’agresseur se demanderaient si j’ai des griefs secrets contre eux. Je me sentirai obligée de me frapper le front dans la poussière pour m’excuser.

Malgré tout, la destruction de la Thailande dans « l’Ombre de l’Hegemon » n’est pas gratuite. Elle ne ressemble en rien à, disons, la destruction de la tour Eiffel dans un blockbuster américain.
Dans la postface de son livre, Card mentionne les lectures qui l’ont aidé à parler de manière compétente de l’histoire de la région, en particulier celle Siam et de la Thaïlande. Ces recherches apparaissent dans le livre et ont un impact sur le déroulement de l’intrigue.
De plus, plusieurs personnages thaïs et des pays voisins sont traités avec des nuances. Sans être infaillibles, ils sont intéressants, sympathiques et compétents : ce sont des personnages secondaires extrêmement bien écrits. Ils sont d’ailleurs de loin ceux à qui je me suis le plus attachée en lisant le roman.

On peut faire la remarque que, étant donné que presque toute l’action en Thaïlande se déroule sur des bases militaires stériles, on a très peu l’impression de se trouver dans ce pays. Mais Card n’a jamais dit qu’il écrivait un guide touristique. On peut aussi trouver certaines caractéristiques qu’il attribue au peuple thaï (nationalisme, dévouement etc.) stéréotypées, et signaler qu’il les répète pour presque chaque nation dont il mentionne le nom (Chine…).( 2).
Reste que, pour un roman destiné à un public jeune, parler de l’histoire militaire de la Thaïlande (et de la politique extérieure de l’Inde et du Pakistan, et des tactiques de terre brûlée dans l’histoire militaire, etc.) dénote une estime de son lectorat bien supérieure à la moyenne.

Je n’aurais pas été ambivalente si Orson Scott Card avait détruit, par fiction interposée, non pas ne grande partie de l’Asie mais son propre pays, les Etats-Unis d’Amérique.
Raconter comment le pays de l’auteur va droit à la catastrophe est commun. En France, nous avons les romans « Ravage » (René Barjavel, 1943) ou le très intelligent « Malevil » (Robert Merle, 1972).
Quelle est la différence avec Card ? Pour commencer, évidemment, Barjavel ou Merle n’ont pas eu à ouvrir des traités sur la culture française pour écrire leur livre : ils parlent de ce qu’ils connaissent déjà.
Mais la différence la plus importante est celle du public à qui l’œuvre est destinée. La plupart des auteurs s’adressent en premier lieu au public qui les lit dans leur langue. Barjavel, Merle parlent de la France post-apocalyptique à des français. C’est pourquoi ils n’ont aucune raison de dire à propos de leurs personnages d’aimables généralités comme « les thaïs sont attachés à leur patrie ».

Card est américain et il écrit d’abord pour un public de langue anglaise, majoritairement anglo-saxon. Dans son roman, il invente pour ses lecteurs une guerre atroce dans un pays lointain. La Thaïlande n’appartient pas à la civilisation occidentale, ce nous la rend moins familière encore. Par conséquent, du point de vue du lecteur, la guerre et les destructions se produisent chez des étrangers.
Que ces étrangers soient sympathiques ou non n’est pas la question : le rapport est complètement différent. Card doit sans cesse travailler à rendre les thaïs sympathiques à ses lecteurs, à souligner leurs qualités et ainsi de suite. Dans une certaine mesure, c’est intéressant : la découverte progressive des personnages thaïs reflète le processus réel nécessaire pour faire connaissance avec une personne issue d’une culture différente.
Mais, quand on décrit un pays étranger, le risque de devenir vague et condescendant est très grand. Il est d’autant plus grand, ici, que l’auteur et les lecteurs appartiennent à une culture historiquement dominante. De plus, les héros principaux du récit ne sont pas les thaïs ou leurs voisins. Ce sont des occidentaux qui souhaitent, dans la grande tradition paternaliste, apporter leur aide à la Thaïlande.
Bref, parler d’un pays qu’on connaît mal est un exercice risqué en soi. Inventer que le pays va être envahi par une armée bien supérieure en nombre n’arrange rien.

C’est pourquoi j’ai envie de faire des serments solennels et de dire qu’il est hors de question que, de mon coté, je m’amuse à détruire sur papier un pays étranger véritable. Voilà pourquoi j’invente des pays avant de leur faire subir un triste sort.

Mais je n’ai pas du tout l’intention de condamner a priori tout un genre littéraire : ce serait idiot. Et, si on peut lui faire des reproches, le roman de Card atteint bien un but que j’avais proposé au début de l’article pour les destructions fictionnelles. Son roman est un memento mori : il souligne la fragilité de l’équilibre actuel des puissances et nous met devant la perspective d’une guerre mondiale horrible.

C’est pourquoi, me forçant à aller contre ma propre logique, je vais immédiatement l’imiter et opprimer en fiction un pays étranger exotique.
Je vais opprimer… la Bretagne.( 3)

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« Les Heures Sombre de la Bretagne »

En l’an 586 de l’Ere de la Duchesse Anne, 2063 dans le calendrier prérévolutionnaire, le président de la Bretagne Indépendante, Monsieur Tristan Nihouarn, regardait d’un air incrédule son ministre de la défense, Madame Nolwenn Leroy.
« Non ! cria-t-il. Non, ce n’est pas possible !
– Je vous assure. Le convoi de cent mille véhicules est déjà en route : rien ne peut les arrêter. Nous allons être envahis, pillés, opprimés, répondit la ministre, parlant du même air triste et romantique qui, autrefois, lui avait permis de vendre de nombreux disques et de gagner deux NRJ music awards.
– Mais êtes-vous bien certaine de l’endroit d’où provient la menace ?
– Les experts sont formels : les images de notre satellite, Tabarly 12, indiquent qu’il s’agit d’un convoi de parisiens en vacances.
– Noooooooooooon ! » hurla le president.
De rage et de désespoir, il tapa sur la table, faisant voler divers papiers et la boite de galettes de Pont-Aven qu’il gardait sur son bureau pour le gouter.
A ce moment, les deux citoyens de Bretagne Indépendante entendirent une douce mélodie de harpe celtique qui semblait venir de nulle part et de partout à la fois.
« Tri Martolod ! souffla le président. Est-ce… »
Mais il n’eut pas le temps de terminer sa phrase : alors qu’il parlait, la silhouette lumineuse du Grand Barde, Alan Stivell, se matérialisa dans l’air.
« Il faut agir vite, vous n’avez pas beaucoup de temps, dit le Grand Barde d’une voix qui résonnait, irréelle, comme le vent dans les grottes marines de la pointe du Raz.
– Mais que pouvons-nous faire ? Les parisiens ne seront pas contents avant d’avoir pris d’assaut toutes nos plages. Rien ne peut les arrêter ! se lamenta le président.
– Si : la forêt de Paimpont-Brocéliande. Il suffit de créer un parc d’attraction « Les Légendes du Roi Arthur », où les visiteurs pourront admirer la vraie grotte de Merlin l’Enchanteur et le vrai palais de la fée Morgane. Les parisiens loueront la magie du lieu et passeront des heures à se pénétrer de son atmosphère : sans violence, le parc arrêtera la moitié d’entre eux à nos frontières. Pour les autres, vous vous débrouillerez en les noyant dans du cidre normand. Mais ce sera difficile, je le sais, mes amis.
– La vraie grotte de… mais… je croyais qu’elle n’existait pas ? » demanda le président, stupéfait.
Mais sa ministre avait déjà compris.
« Nous la fabriquerons. De toute façon, nous avons du granit à ne plus savoir qu’en faire. Au travail, » dit-elle, avec tout le professionnalisme et l’ambition qui lui avaient autrefois permis de recevoir un disque de diamant, trois disques de platine et un disque d’or.

– Fin –

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _

Notes :

(1)
La traduction est la mienne. Voici l’original :

« All government officials and their families, all professors, all journalists, all writers, all politicians and their families were taken from [their country] to reeducation camps in [a deserted area], where they were set to work performing manual labor, they and their children, for the rest of their lives. None of them ever returned to [their country]. None of their children ever received approval for education beyond the age of fourteen. »
(Orson Scott Card, “Shadow of the Hegemon”, Part IV: Decisions, Chapter sixteen: Treachery)

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(2)
…et on peut noter quelques horreurs historiques qui n’ont rien à voir avec la Thaïlande. Par exemple, lorsque le héros du livre, Julian « Bean » Delphiki, arrive en Thailande pour avertir le pays du danger qu’il court, la scène suivante se produit entre lui et son homologue thaï Suriyawong.

« Ainsi, les puissances coloniales ont choisi d’utiliser l’Inde et la Thaïlande comme intermédiaires pour combattre dans leur guerre, » dit [Suriyawong].
Bean comprit immédiatement ce qui agaçait Suriyawong. Achilles [qui conseillait leurs opposants en Asie] était originaire de Wallonie belge et Bean, bien entendu, était grec.

Fin de la citation. Apparemment, ça ne gène personne dans cette scène d’appeler la Grèce – pays qui a été occupé par l’Empire Ottoman du XIVe au XIXe siècle – une puissance coloniale. Voilà qui est intéressant.

Voici l’original du texte – la traduction en français était la mienne :

« So the colonial powers have
decided to use India and Thailand to fight their surrogate wars, » [Suriyawong] said.
Bean knew at once what had gotten under Suriyawong’s skin. Achilles [their opponent] was a Belgian Walloon by birth, and Bean, of course, was Greek.
(Orson Scott Card, “Shadow of the Hegemon”, Part III: Maneuvers, Chapter Eleven: Bangkok)

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(3)
Texte écrit entièrement au second degré. Amis Bretons, si vous souhaitez vous venger, n’hésitez pas à écrire des récits où la Mayenne profonde et Paris se font opprimer à coups de clichés.
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2 réponses à “Pourquoi écrire de la Fantasy, raison n°2 : Pour ne pas opprimer la Thaïlande

  1. J’échoue par hasard sur cette page et j’en apprends de belles. Tu as osé souiller le nom du barde sacré. Je pensais que seuls les Bretons ivres de chouchenn et de vengeance avaient le droit de dire du mal de ce coquin qui s’est vendu à Nolwenn Leroy, comme si Bécassine n’avait pas déjà assez traîné dans la boue notre bel héritage culturel.
    (oui tout ce que je retiens de cette analyse profonde d’un genre littéraire avec explication d’une oeuvre à l’appui est qu’à un moment Nolwenn Leroy intervient).

    • Nooooooon ! J’anticipais avec horreur le moment où tu trouverais cet article. Cette fois-ci, je ne vais pas échapper au duel d’arts martiaux au sommet d’une montagne pour laver nos affronts.

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