Qu’est-ce qu’une VRAIE saga ? Première partie

Chers lecteurs, chers visiteurs,

Le marketing est un instrument fascinant, qui permet de se ridiculiser avec panache. En 2008, la société Summit Entertainment est devenue riche comme Crésus en adaptant au cinéma « Twilight » (en français, « Twilight : Fascination »), un roman qui raconte l’histoire d’amour d’une jeune fille avec un vampire. Pour capitaliser sur ce succès, les têtes pensantes de Summit Entertainment ont annoncé qu’ils adapteraient le reste des romans de Stephenie Meyer sous le nom de « the Twilight Saga ».

Les informations liées à cette série dominaient les médias à l’époque. La simple annonce de ce nom, « Twilight Saga », a été accueillie avec des cris d’horreur sur internet (apparemment, nous nous ennuyions beaucoup).
Les détracteurs de la série affirmaient que Twilight n’était pas une « saga » : selon eux, ce n’est pas assez épique, pas assez grandiose. Appeler « le Seigneur des Anneaux » ou « la Guerre des Etoiles » une saga, soit, mais pas Twilight. La réaction négative a été très marquée dans le monde anglo-saxon, où le mot « saga » possède une connotation héroïque.

Les lecteurs de Twilight étaient eux aussi un peu surpris. En effet, ils appréciaient l’histoire d’amour pour ce qu’elle était. Ils ne voyaient pas d’intérêt à ce qu’on leur raconte que c’était une fresque épique. Après tout, une histoire d’amour qui s’étale sur des centaines de pages, ce n’est pas un mal en soi (« Belle du Seigneur » d’Albert Cohen compte 1109 pages dans l’édition Folio et je suis prête à faire subir le traitement viking à quiconque dira que c’est mauvais sans l’avoir lu).

Pour une saga, je dois avouer que cette histoire manque de drakkars.

Un jour, mes amis discutaient de ces questions passionnantes. Au bout d’un moment, ils ont fait ce qu’ils font en général : ils se sont tournés vers moi et ont demandé : « HW, toi qui est une geek avec une encyclopédie à la place du cœur, peux-tu nous aider à régler la question ? A l’origine, qu’est-ce que c’est, exactement, une saga ? »

Chers amis, je suis là pour vous. Laissez-moi chausser mes lunettes à monture d’écaille et prendre ma voix d’institutrice de la IIIème République.
Aujourd’hui, nous allons parler de vraies sagas. Par exemple :

« [Les hommes de Kvelduf] tuèrent tous ceux qui se trouvaient sur leur passage, et Grimr le Chauve fit de même à l’endroit où il monta à l’abordage du navire ; ni le père, ni le fils ne retinrent leurs coups avant d’avoir tué tout le monde à bord.
Lorsque Kvelduf parvint à la dunette, il brandit haut sa hache d’armes et l’abattit sur Hallvard, traversant tout son casque et sa tête de façon à ce que la hache fut enfouie jusqu’au manche ; puis Kvelduf retira la hache avec une telle force qu’il souleva Hallvard et que, le faisant tournoyer, il le jeta par-dessus bord. »
(« Egils Saga » ou « La Saga d’Egill », début du XIIIe siècle, attribuée à Snorri Sturluson)

« Thorolf […] se jeta sur le baron, sa hallebarde dirigée vers la poitrine de son adversaire. Il le transperça d’un coup à travers sa cotte de maille et son torse, de façon à ce que la pointe de l’arme ressortit entre ses épaules ; puis il le souleva au-dessus de sa tête, au bout de la hallebarde, et en planta la hampe dans le sol. Le baron rendit son dernier soupir sur la pointe de l’arme, au sus et vu de tous, amis autant qu’ennemis. »
(id.)

« Alors, Egill jeta à terre son épée et son bouclier. Se jetant sur Atli, il s’agrippa à lui des deux mains. Et on vit bien qu’Egill était le plus fort car Atli tomba en arrière. Egill tomba avec lui, face contre terre, et le mordit au travers de la gorge. Ainsi mourut Atli. »
(id. – je n’invente rien, notre nouvel ami Egill vient vraiment d’arracher la trachée de son adversaire avec ses dents.)[ 1]

Si vous avez continué à lire après ces extraits, je vous félicite, vous êtes probablement dans l’état d’esprit qui convient.

Les sagas sont une forme littéraire apparue dans un pays très particulier : l’Islande. Le mot « saga » (au pluriel « sögur ») provient d’un verbe qui signifie « parler, raconter » en langue noroise, celle des anciens scandinaves. Etymologiquement, on peut rapprocher « saga » de l’allemand « sagen » (dire) ou de l’anglais « say ».
Les sagas classiques sont des récits en prose. La majorité d’entre elles relatent des évènements réalistes : vie de personnages historiques, d’aventuriers devenus pirates ou mercenaires, d’hommes d’Eglise… Elles ont été composées entre le XIIIe et le XIVe siècle, la plupart en Islande ou par des auteurs islandais en visite en Norvège. Cependant, les sagas traitent de tous les pays où, à l’époque, on parle norois : Danemark, Suède, nord de l’Ecosse et ainsi de suite.
Pour expliquer pourquoi l’Islande est à l’origine des sagas, mais aussi pourquoi elles parlent sans distinction de toutes les régions du nord de l’Europe, quelques précisions historiques vont nous aider.

Contexte Historique

Notre histoire commence au IXe siècle. L’Islande, berceau des sagas, est alors encore déserte. Mais cela ne va pas durer, car des norvégiens s’apprêtent à venir la coloniser. En effet, la Norvège connaît alors un remarquable mouvement d’émigration. Pourquoi ?
Tout d’abord, des facteurs économiques ont sans doute joué : surplus de population lié à l’essor de l’Age de Fer en Scandinavie, etc.
Un facteur technique important s’y ajoute : voyager devient beaucoup plus rapide et facile avec l’invention de cette merveille qu’est le longship [ 2], navire qui permet à la fois de sillonner les mers et de naviguer sur des fleuves peu profonds.

Deux « longships » (drakkars) au Musée des Bateaux Vikings d’Oslo. La photographie de droite illustre parfaitement le faible tirant d’eau des navires. – photographie : wikimedia commons.

En longship, on peut effectuer la traversée de Norvège aux îles Shetland (au nord de l’Ecosse) en vingt-quatre heures, puis continuer vers l’Islande et le Groenland. Du fait du faible tirant d’eau des longships, ils peuvent aussi servir pour remonter la Seine et piller Paris (dommage pour nous). De plus, les longships n’ont pas « d’avant » ou « d’arrière » : pour faire demi-tour, il suffit aux marins de se mettre à ramer dans l’autre sens. Cela permet d’échapper à bien des rochers, bancs de sable ou icebergs.
Notons au passage que la plupart des longships n’avaient apparemment pas de cabine. Les marins dormaient sur le pont, sous des tentes, même en route pour l’Islande.

Cependant, la raison la plus souvent invoquée pour expliquer l’émigration hors de Norvège est politique : le pays, autrefois composées de petits royaumes indépendants, est en train de s’unifier autour de monarques ambitieux. D’anciens propriétaires terriens sont obligés de s’exiler. D’autres sont ruinés par les impôts royaux et deviennent pirates ou mercenaires.

J’ai déjà dit beaucoup de bien des longships et je m’apprête à en dire encore plus de la littérature des pays du nord. Cependant, mon objet n’est pas de romanciser les vikings et les présenter comme des héros majestueux. En effet, ce serait faire peu cas des populations européennes qui se sont pris des drakkars dans la figure.

En 793, durant leur première incursion notable dans les terres christianisées, les vikings détruisent l’abbaye de Lindisfarne au nord de l’Angleterre. Ils massacrent les moines et emmènent les survivants en esclavage. C’est un choc pour toute la chrétienté. Le moine Alcuin de York, conseiller de Charlemagne et intellectuel influent, écrit : « Hélas, cela fait maintenant 350 ans que nous et nos pères avons habité ce pays si aimable, et jamais horreur pareille à celle que nous avons souffert n’était apparue en Grande-Bretagne. » (lettre d’Alcuin à Ethelred, roi de Northumbria, 793).
Lindisfarne était un centre de culture important. Suite à ce raid et à plusieurs autres, les monastères reculent en Angleterre et en Ecosse (et, conséquence directe, les documents écrits datant de cette période).

Attaque viking représentée dans un manuscrit du XIIe siècle. Le sujet du manuscrit est St-Edmund, un chrétien « martyrisé » durant une invasion viking.

Mais voilà comment une saga décrit les bouleversements politiques en Norvège :

« [Le roi Harald] avait fait le vœu de ne pas couper ou peigner ses cheveux avant d’être le seul roi de Norvège et c’est pourquoi on l’appelait Harald Le Crépu. Il commença à attaquer et soumettre les rois qui se trouvaient le plus près de lui […].
Après cela, il se proposait de partir vers le nord, à Naumdale, pour attaquer les frères Herlaug et Hrollaug qui étaient rois de Naumdale. Mais lorsque ceux-ci entendirent la nouvelle, Herlaug et douze de ses hommes se rendirent dans une tombe qu’ils avaient fait construire sous un tumulus […] et firent fermer sur eux les portes de la tombe [n.b. définitivement – c’est un suicide]. Quant au roi Hrollaug, il préféra perdre sa couronne et devenir simple baron, et il abandonna son royaume pour devenir un vassal d’Harald.
« […]Lorsqu’il avait soumis de nouveaux peoples à son pouvoir, le roi Harald se montrait méfiant à l’égard des barons et des riches propriétaires terriens, et à l’égard de tous ceux qu’il suspectait de vouloir provoquer une rébellion. Il traitait chacun de ces hommes de l’une de ces manières : on bien il faisait d’eux ses vassaux, ou bien il les envoyait à l’étranger ; ou bien (c’était le troisième choix) il les soumettait à des conditions encore plus malheureuses. Certains y perdirent un membre ou leur vie. »
(« Egils Saga », début du XIIIe siècle, attribuée à Snorri Sturluson) [ 3]

Les sagas parlent d’Harald comme du « premier roi de toute la Norvège ». Les historiens modernes pensent qu’il en a unifié uniquement les régions côtières. Cependant, cette période de bouleversement a été un facteur important d’émigration. Le thème est repris dans de nombreuses sagas : on y voit les propriétaires terriens en désaccord avec le roi fuir sur leurs longships avec armes et bagages pour s’installer à l’étranger. En particulier, ils s’enfuient vers une terre encore inhabitée car froide et peut hospitalière : l’Islande. Ainsi commence l’histoire de ce pays.

Le premier norvégien qui arrive en Islande avec l’idée de s’y installer définitivement est Ingolfr Arnarson. En 874, il s’installe à Reykjavik dont le nom, « baie des fumées », est une référence aux sources d’eau chaude de la région. De nos jours, Reykjavik demeure la capitale de l’Islande et son principal centre de peuplement.
La colonisation se poursuit jusqu’en 930. A ce moment, toute la terre disponible est considérée comme occupée (notons tout de même que Jon R. Hjalmarsson, auteur d’une « History of Iceland », évalue la population de l’époque à seulement 6000 personnes). L’Althing, assemblée politique et judiciaire qui décide de la destinée de l’île, est établi. Tous les propriétaires terriens ont le droit de participer à l’Althing : pour cette raison, on peut qualifier le régime de démocratique. L’Althing démocratique est à la fois la continuation des « Things », assemblées judiciaires sacrées de la culture scandinave, et une réaction contre l’autoritarisme des rois de Norvège. L’Althingi, le parlement islandais actuel, en est la continuation directe.
En parallèle de cette institution progressive, l’esclavage est cependant courant. Les propriétaires terriens possèdent des « thralls », mot qu’on pourrait traduire par esclave ou serf. Ce sont souvent des descendants de prisonniers de guerre d’ascendance gaélique.

L’état libre islandais est, au départ, entièrement païen. Il devient chrétien autour de l’an 1000 sous influence norvégienne : le roi Olaf Ier de Norvège, lui-même converti en 995 et animé d’un zèle brulant, menace de massacrer les païens et de fermer les ports norvégiens aux islandais s’ils refusent de se convertir.
Un païen modéré, Thorgeir Thorkelsson, est choisi par l’Althing pour décider si l’Islande doit se convertir ou nom. Thorgeir choisi la conversion pour éviter d’envenimer la situation. On raconte que, n’étant pas hommes à faire les choses à moitié, il jette ses propres idoles dans une cascade après s’être converti. On appelle aujourd’hui cet endroit la « cascade des dieux » (c’est d’ailleurs un nom tellement merveilleux que je songe à noyer un ou deux souvenirs de Grèce – disons, un minotaure en terre cuite – dans une flaque d’eau au fond de mon jardin et à l’appeler « le bassin des dieux » sans expliquer pourquoi à mes visiteurs).

Rien ne prouve que l’épisode des idoles ait vraiment eu lieu, mais au moins nous pouvons établir que l’Islande a de jolies cascades. – image : wikimedia commons, Goðafoss ou « cascade des dieux ».

En 1220, l’ingérence norvégienne se fait plus forte : le roi Hakon IV l’Ancien (qui règne de 1217 à 1263) tente de convaincre des nobles islandais de plaider l’union Norvège-Islande. Cela signifierait plutôt, de facto, l’annexion de l’Islande. Après des années de quasi-guerre civile en Islande, le Vieux Pacte de 1262 scelle l’union.
L’Islande passera ensuite aux mains de l’Union de Kalmar (Danemark-Suède-Norvège), puis (après quelques péripéties) à celles du Danemark. Elle ne reprendra son indépendance qu’en 1944. Depuis, il lui arrive toujours des choses intéressantes (comme une « guerre de la morue », merveilleusement nommée, une dispute avec le Royaume Uni sur le thème de la pêche). Mais ce n’est plus du ressort des sagas.

Retournons maintenant vers nos sagas pour essayer de les remplacer dans cette histoire.

Les Sögur

Nous avons vu que le sens du terme « saga » est large, et pourrait se traduire par « récit ». Il n’est donc pas surprenant de rencontrer des sagas aux sujets très différents. Les spécialistes trouvent utile de les classer :
– les sagas royales traitent des maisons qui règnent sur le Danemark, de Suède et la Norvège
– les sagas des islandais, qui sont les plus connues, parlent des aventures des islandais du IXe et du Xe siècle. C’est l’époque de la colonisation de l’Islande : on l’appelle d’ailleurs souvent « l’Âge des Sagas ». Les héros des récits sont souvent des pirates vikings, des mercenaires ou des immigrés fuyant la Norvège. Ces sagas sont en apparence des récits réalistes, mais notons qu’elles ont été rédigées plusieurs siècles après les faits, par des auteurs qui se sont entre-temps convertis au christianisme (j’ai déjà parlé dans un article de ce genre de décalages invisibles à nos yeux).
– les sagas des contemporains sont des récits d’évènements auxquels l’auteur a assisté au XIIIe ou XIVe siècle : parmi elles, de nombreuses vies d’hommes d’Eglise mais aussi la « Saga des Sturlungar » (« Sturlunga Saga »), une fresque politique remarquable.
– les sagas légendaires traitent de sujets proches des contes de fées : on y parle de trolls et de dragons.

Il existe encore d’autres formes – les sagas courtes, qui présentent des vignettes de la vie des islandais, les sagas des chevaliers qui sont des adaptations des chansons de geste européennes (chevaliers de la Table Ronde, « Saga de Charlemagne »). Enfin, notons qu’il existe des œuvres difficiles à classer, par exemple le « Livre de la Colonisation » qui retrace de manière détaillée la colonisation de l’Islande. Il existe aussi des sagas plus exotiques : les « sagas des groenlandais » et « l’Orkneyinga Saga » (« Saga des Iles Orcades »). J’aime d’ailleurs particulièrement cette dernière.

Les chercheurs ont longtemps cru que les sagas n’ont pas d’auteur, qu’elles sont des récits populaires simplement notés par un scribe. Aujourd’hui, on s’accorde à dire le contraire. D’après les spécialistes (en particulier Régis Boyer, ancien directeur de l’Institut d’Etudes Scandinaves de la Sorbonne), les sagas sont des textes mûrement réfléchis. Certes, ils s’appuient sur des traditions orales plus anciennes. Mais ils ont été compilés par un auteur conscient de ce qu’il faisait, qui parfois voulait transmettre un message moral. Si cette hypothèse est juste, les sagas sont de véritables œuvres littéraires.

La vaste majorité des auteurs de sagas sont anonymes. L’un d’entre eux, cependant, est bien connu. Il se nomme Snorri Sturluson, non charmant s’il en est, et a vécu de 1179 à 1241. Sa vie peut nous servir de point de départ pour comprendre dans quel contexte les sagas ont été composées.

La raison pour laquelle nous connaissons la vie de Snorri est particulièrement poétique : en effet, il apparait en tant que personnage dans une « saga des contemporains » anonyme.
Snorri est le fils d’un homme nommé Sturla, dont la famille, la plus influente d’Islande, est surnommée « les Sturlugar ». Or il existe une « Saga des Sturlugar ». Elle rapporte des évènements politiques auxquels Snorri Sturluson, en particulier, a pris une grande part. La saga a été maintes fois louée par les historiens, qui s’appuient sur elle pour comprendre le XIIIe siècle en Islande. Les historiens notent sa clarté et son impartialité.

D’après la saga, dans sa jeunesse, Snorri fait un riche mariage et préside un temps l’Althing, l’assemblée qui dirige l’Islande. Puis il voyage hors d’Islande et entre au service du roi Hakon IV de Norvège, pour qui il écrit la « Heimskringla ». C’est l’histoire des rois de Norvège, la plus connue des « sagas royales ».
Snorri n’a rien d’un simple scribe. Il est à la fois un artiste et une personnalité politique, à la manière d’ailleurs de plusieurs figures du Moyen-âge comme Guillaume IX de Poitiers, précurseur de la poésie courtoise occitane. Outre la Heimskringla, on attribue à Snorri d’autres sagas anonymes. En particulier, on lui attribue la Saga d’Egill déjà citée (si si, vous savez, celle où tous les combats se terminent par des morts spectaculairement horribles) : en effet, certains évènements de la saga, comme la mort du fils préféré d’Egill, rappellent sa propre vie.
Après deux ans, le roi Hakon demande à Snorri de retourner en Islande pour convaincre ses compatriotes qu’ils doivent se soumettre à la Norvège. Snorri accepte mais, en Islande, les choses se passent mal : les différentes factions se présentent à l’Althing avec des centaines d’hommes en armes, prêtes à en découdre. Snorri a aussi des hommes avec lui mais il ne donne pas l’ordre d’attaque et il échoue dans sa mission.
Pour ne rien arranger, Snorri se brouille avec Hakon. En effet, le roi et son régent s’affrontent. Snorri prend le parti du régent. Mais Hakon a le dessus et, débarrassé du régent, il ordonne l’assassinat de Snorri. Snorri meurt en suppliant deux fois son assassin : « Ne frappe pas ! Ne frappe pas ! ».
Dommage, mais on ne peut pas prétendre qu’il n’a pas eu une vie intéressante.

Quelle genre d’œuvre un sagamadr (auteur de saga) tel que Snorri peut-il produire ? Ouvrons la Heismkringla.

A suivre dans la seconde partie : des histoires de dieux nordiques, les graves soucis des pirates vikings et une comparaison avec ce qu’on appelle les sagas modernes.
Seconde Partie

_______________________________

Notes :

[1]
Il existe des traductions en français qui sont belles, professionnelles, poétiques… Celle-ci n’en fait pas partie. En effet, c’et ma propre traduction à partir d’une version anglaise libre de droits, celle de W. C. Green, qui date de 1893 et que l’on peut consulter ici.
La raison pour laquelle j’utilise cette version est que les belles traductions de Regis Boyer, grand spécialiste français de la question, sont publiées dans la Pléiades, c’est-à-dire que l’ouvrage est beau et cher, ce qui est contraire au régime d’austérité actuel (sans compter que j’aurais encore besoin d’autres volumes). De plus, je dois bientot déménager et je ne veux pas surcharger encore plus ma bibliothèque.
Si un jour j’ai du temps et accès à une bonne bibliothèque universitaire, ce qui n’est pas le cas dans la ville où je me trouve, je corrigerai mon article pour y ajouter de plus belles traductions.

Voilà la version anglaise de W. C. Green pour les citations :

« They slew all that came in their way, the same did Skallagrim where he boarded the ship; nor did father and son stay hands till the ship was cleared. When Kveldulf came aft to the stern-castle, he brandished high his battle-axe, and smote Hallvard right through helm and head, so that the axe sank in even to the shaft; then he snatched it back towards him so forcibly that he whirled Hallvard aloft, and slung him overboard. »

« After that [Thorolf] lunged with his halberd at the earl’s breast, driving it right through mail-coat and body, so that it came out at the shoulders; and he lifted him up on the halberd over his head, and planted the butt-end in the ground. There on the weapon the earl breathed out his life in sight of all, both friends and foes. »

« So Egil let drop both sword and shield, and bounding on Atli, gripped him with his hands. Then the difference of strength was seen, and Atli fell right back, but Egil went down prone upon him and bit through his throat. There Atli died. »

( Retour à l’article)

[2]
« Longship » est la traduction directe en anglais du terme suédois « Långskepp » et de l’islandais « Langskip », qui désignent ce type de bateau.
En français, on dit « drakkar », ce qui provient du mot « drekar », littéralement « dragons ». Le terme de « dragons » est une référence aux figures de proue en forme de dragons ou de serpents de mers. Cependant, tous les longships (ou les « langskip », si vous voulez) ne sont pas décorés avec des dragons, loin de là. Dans les textes de l’époque, ces décorations sont décrites comme étant réservées aux grands navires de guerre. Pour ne rien arranger, d’un point de vue archéologique, les restes de ce type de bateaux ornés de dragons sont inexistants.
Le mot « drakkar » est utilisé seulement à partir du XIXe siècle chez nous, et l’orthographe à deux « k » est fantaisiste. De ce fait, soyez gentils, passez-moi le « longship » même si c’est un horrible anglicisme.
[ Retour]

[3]
Voilà la version de W. C. Green, ma référence pour la traduction :

“Harold, son of Halfdan Swarthy, was heir after his father. He had bound himself by this vow, not to let his hair be cut or combed till he were sole king over Norway, wherefore he was called Harold Shockhead. So first he warred with the kings nearest to him and conquered them […] After that he purposed to go north to Naumdale to attack the brothers Herlaug and Hrollaug, kings of Naumdale. But when these brothers heard of his coming, Herlaug with twelve men entered the sepulchral mound which they had caused to be made (they were three winters at the making), and the mound then was closed after them. But king Hrollaug sank from royalty to earldom, giving up his kingdom and becoming a vassal of Harold.
“[…] King Harold was very careful, when he had gotten new peoples under his power, about barons and rich landowners, and all those whom he suspected of being at all likely to raise rebellion. Every such man he treated in one of two ways: he either made him become his liege-man, or go abroad; or (as a third choice) suffer yet harder conditions, some even losing life or limb.”

[ Retour]

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