Apprenez une langue étrangère, sinon vous finirez dévoré(e) par un ours.

Honorables lecteurs,

Aujourd’hui, restant dans le monde réel mais néanmoins passionant, je vais poursuivre mon argumentation subtile pour vous donner envie d’apprendre des langues étrangères. Si vous me connaissez, vous savez que j’ai déjà usé des raisonnements les plus spécieux pour vous convaincre. Par exemple, « si vous apprenez le japonais, vous pourrez jouer à vos jeux vidéo préférés sans attendre qu’ils soient traduits en Europanto ». Mais je peux faire pire.

Voilà mon nouvel argument : si vous n’apprenez pas à parler une ou deux langues étrangères, vous finirez dévoré(e) par un ours.

Permettez-moi de vous présenter votre nouveau professeur de japonais, Kuma-sensei.

Laissez-moi vous expliquer. Prenons l’exemple de l’apprentissage du japonais, puisque je suis une geek finie. Je me suis rendue au Japon pour la première fois en 2006. J’y ai travaillé d’abord comme serveuse dans un restaurant français situé à Kyoto, puis en tant que « chargée d’animations culturelles » dans une petite administration. A mon arrivée, je parlais très mal la langue : j’avais commencé à l’étudier six mois auparavant à raison d’un cours par semaine. Autant dire que, les premiers mois, j’ai beaucoup parlé avec les mains.

Malgré cela, deux mois à peine après être descendue de l’avion, j’ai décidé d’aller explorer des parcs nationaux déserts et ensauvagés dans les coins les plus reculés de l’archipel. Aucun de mes amis n’ayant de congés en même temps que moi, je suis partie à l’aventure toute seule. Bravo, brillante idée.
Chers amis, même si j’ai fait et refait ce genre de bêtises sans me tuer durant ma tendre jeunesse, soyez gentils et ne cherchez pas à me copier. C’est dangereux. Et donnez-moi tout de suite un Darwin Award : je suis devenue prudente et raisonnable, mais on n’est jamais à l’abris d’une rechute et j’aimerais profiter de de mon prix à l’avance en l’exposant sur ma cheminée.

Après avoir traversé la moitié du Japon en me nourrissant exclusivement de nouilles au sarrasin et en déchiffrant à la sueur de mon front des horaires de bus bihebdomadaires, je suis arrivée au beau milieu du magnifique parc national du Daisetsuzan ou 大雪山国立公園, dans l’ile nordique d’Hokkaido dont le paysage rappelle, de manière inattendue, les Highlands écossais. Etait-ce bien la peine d’aller si loin ?
Oui, car un grand volcan en activité, le 旭岳 (Asahidake ou « mont Asahi, mont du soleil levant »), se dresse au milieu du parc. On en fait l’ascension au milieu de volutes de fumées de souffre qui sentent l’œuf pourri, en général en compagnie de gentils touristes japonais qui voyagent en groupes. J’ai grimpé le long des pentes du volcan en toussant et en expliquant tous les dix mètres que « oui, j’habite au Japon, je suis française » aux aimables promeneurs que je dépassais.

Les esprits du mont Asahi – 旭岳 – tiennent à vous rappeler que le Japon est bien un archipel volcanique.

Arrivée au sommet, je fus prise d’une vive émotion esthétique à la vue du paysage aux mille couleurs de l’automne qui s’étendait à mes pieds. Sans réfléchir, je décidai de passer la journée suivante à explorer les recoins les plus déserts et les plus reculés du parc, où je pourrais jouir du murmure des sources et savourer le silence du Monde, aussi complet qu’à la veille de la Création. Du haut de ma montagne, je choisis un chemin de randonnée laissé à l’abandon, où il n’y aurait personne à qui expliquer que j’étais française, sauf peut-être un ours.
Notez qu’encore une fois, je suis experte en décisions intelligentes et que l’altitude est aussi efficace que l’alcool pour altérer le bon fonctionnement de mon cerveau.

A ma décharge, le parc national du Daisetsuzan n’est pas d’une laideur repoussante.

Les ours, justement, parlons-en. A en croire les brochures d’information distribuées par le personnel du parc national, ils pullulent tellement qu’on risque de se cogner contre eux toutes les cinq minutes. Durant mes trois jours dans le parc, j’ai lu une quinzaine de panneaux d’information et de brochures qui m’expliquaient, avec des petits dessins de touristes souriants à l’appui, la marche à suivre quand on rencontre un ours. On m’informa qu’il faut s’éloigner lentement, en marchant à reculons. Ce qui parait fichtrement évident : je ne comptais ni me mettre à courir en hurlant et en agitant les bras, ni m’approcher d’un ours brun pour lui demander une photographie dédicacée.
De plus, les brochures aux couleurs pastel m’informèrent qu’il faut s’efforcer d’avertir nos amis les ours de notre présence bien à l’avance pour qu’ils s’éloignent de notre chemin. En particulier, il faut marcher en faisant le plus de bruit possible et en parlant très fort, car ils s’écartent alors, effrayés. Pleutres. Vous me décevez beaucoup, ours.

Les brochures d’information du parc national, reproduites de mémoire par votre auteur (qui a peut-être un peu exagéré).

Je ne randonnais pas entièrement au milieu de nulle part : je me trouvais dans un rayon de trente kilomètres autour d’un riant petit village de sources chaudes, Asahidake-onsen. Par conséquent, je ne croyais pas une seconde à la possibilité de croiser un ours. L’exposition d’animaux locaux empaillés (des ours, des élans), tous tristement mangés aux mites, ne m’a pas non plus convaincue. Malgré tout, j’ai acheté dans l’unique boutique de souvenirs locale l’accessoire magique : la clochette anti-ours. Elle s’accroche sur soi et tinte joyeusement au rythme de la marche, signalant aux ours le passage d’un humain qui sent le shampoing et dont il convient de s’écarter. Cet accessoire s’avéra aussi efficace pour éloigner les ours qu’une médaille de la Vierge pour écarter la misère du pauvre monde.

Le jour de ma grande randonnée, une petite pluie fine tombait lorsque je quittais le village d’Asahidake-onsen. Alors que j’empruntais le téléphérique qui amène les randonneurs au milieu des montagnes, des haut-parleurs diffusaient des messages d’information en japonais. Je ne compris rien à ce qu’ils disaient (morale n°1 de cet article : APPRENEZ DES LANGUES ETRANGERES !). Perdue dans mes rêves de randonnées sauvages, je négligeais également de demander aux park rangers de me répéter le message plus lentement et en omettant les formules de politesse qu’on utilise à la radio et à la télévision, auxquelles je ne comprenais rien (morale n°2 : LORSQUE VOUS ETES A L’ETRANGER, PARLEZ AUX GENS !).

Grave erreur. En effet, voilà ce que disais, grosso modo, les messages d’information :
« Chers et honorables visiteurs, le téléphérique fermera cinq heures plus tôt que d’habitude à cause de la venue d’un ouragan, qui éclatera en fin d’après-midi. De plus, chers honorables visiteurs pour qui nous avons le plus grand respect, ne vous trouvez surtout pas au milieu des montagnes sous l’ouragan – s’il vous plait d’écouter notre avis, humbles spécialistes de la météorologie que nous sommes – car cela vous mettrait sans doute en grand danger de mort. Nous espérons que vous serez tous rentrés dans la vallée bien avant le début de la tempête, sous peine d’être emportés par le vent ou par des torrents en furie. Passez une bonne journée ! »
Je ne compris pas un traitre mot. J’empruntais le chemin abandonné de tous que j’avais choisi et je m’éloignais en sifflotant.

Vers quinze heure de l’après-midi, je perdis le tracé du chemin. Après quelques péripéties, je me retrouvais à marcher au sommet d’une falaise d’où j’apercevais, en contrebas, le chemin perdu. Le vent se leva soudain. Déséquilibrée, je mis le pied sur une aspérité de la falaise qui s’avéra être une simple pierre posée sur la paroi. Je m’étalai de tout mon long et me retrouvai allongée sur le dos, à glisser vers le bord de la falaise. Je manquais de faire une chute de sept mètres qui m’aurait tuée sur le coup, ce qui aurait sans doute fait de la peine à ma famille et mes amis.
Après une lutte contre la paroi digne des aventures de Heinrich Harrer et Peter Aufsneiter dans « Sept Ans au Tibet », je réussis à retrouver une position stable au sommet de la falaise. A ce moment précis, alors que je retrouvais à peine ma respiration, une pluie diluvienne se mit à tomber. Je poussais un juron retentissant. Mais ce ne fut même pas le moment le plus déprimant de mon après-midi.

Le ciel était noir dans toutes les directions et la pluie tombait à verse. Je parvins à descendre en varappe, lentement mais surement, jusqu’au chemin. J’étais à quatre heures et demi de marche du téléphérique.
Alors que je retournais vers le téléphérique, le vent était contre moi, me forçant à marcher en formant un angle de 45° avec le sol. Les rivières que j’avais franchies, à l’aller, en sautant aisément de pierre en pierre, avaient doublé de volume. Je les traversais en marchant à travers l’eau : de toute façon, grâce à la pluie, j’étais déjà trempée comme si je sortais d’un bain.
Ayant accompli des prodiges d’endurance et couru pendant la moitié du trajet, j’arrivais à l’arrêt du téléphérique vers 17h30. Evidemment, le téléphérique ne fonctionnait plus depuis longtemps. Le bâtiment était sombre et apparemment désert.

En fouillant l’endroit, je tombai sur un unique park ranger. Enfermé dans une petite pièce au mobilier spartiate, il surveillait à l’aide d’un antique sismographe l’état du volcan Asahidake au cas où celui-ci se déciderait à exploser. Coup de chance inattendu, le ranger était très joli garçon. En réalité, il était si séduisant que je l’avais déjà remarqué, la veille, parmi le personnel du téléphérique. Il me prit en pitié, m’offrit du café, s’efforça adorablement de sécher mon pull-over (c’était peine perdue) et me proposa de rester dormir là. Mais j’étais trempée, gelée et je n’avais rien à manger à part quelques biscuits. C’est pourquoi je décidai de retourner dans la vallée où se trouvait mon auberge de jeunesse, des onsen brulants et mes affaires sèches.
Pour ce faire, il me fallait emprunter un chemin de randonnée escarpé qui traversait les bois. Notons qu’il était maintenant 18h et que, en l’absence « d’heure d’été » au Japon, le soleil devait se coucher vers 19h.
Tout en écrivant ses lignes, je prépare mon discours pour accepter gracieusement le Darwin Award qui ne peut manquer de m’être décerné dans de brefs délais.

J’avais déjà emprunté le chemin qui redescend dans la vallée. Je savais que, pendant une heure, il faut descendre une pente à fort dénivelé, dans les rochers, avec des torrents qui coupent la route. Par temps pluvieux, on risque de se casser le cou à chaque pas. Puis, pendant deux heures, le chemin serpente à travers des bois marécageux. A cet endroit, le sol est plat, le chemin bien tracé, et marcher ne pose pas de problème particulier.

HW réussira-t-elle à retourner dans la vallée avant la tombée de la nuit pour prendre un bain chaud ? Le suspens est à son comble.

Qu’à cela ne tienne, pensais-je. Je vais me dépêcher de dépasser la partie escarpée du chemin à la lumière du jour. Puis je traverserai tranquillement les bois en m’éclairant avec ma torche.
Le gentil park ranger me ramena jusqu’au sentier. En sortant du bâtiment du téléphérique, une bourrasque faillit lui perdre l’équilibre et il fut immédiatement trempé jusqu’aux os par la pluie. Son beau visage prit une expression inquiète et il me demanda plusieurs fois : « Tu es sure que tu ne veux pas rester pour la nuit ? »
Mes amis trouvent que mon « non, je veux traverser la forêt » en dit long sur moi et que je devrais rapidement rendre visite à un psychothérapeute.

Par extraordinaire, la première partie de mon plan se déroula exactement comme prévu. Je parvins à dépasser la descente dangereuse en confondant à peine le tracé du chemin inondé avec les torrents qui le traversait : juste avant la tombée de la nuit, j’avais mis la pente derrière moi. Avec un sentiment de victoire, j’allumai ma torche et je me m’apprêtai à traverser les grands bois sous la pluie toujours battante. Piece of cake, pensais-je avec un sourire suffisant (« Merci pour ce Darwin Award ! Je l’ai bien mérité ! »).
Je marchais à travers la forêt obscure pendant une bonne heure. Il faisait nuit noire et je n’y voyais goutte – autour du rond jaunâtre de ma petite torche, le monde semblait s’être dissout dans une flaque d’encre – mais je croyais être déjà arrivée. Je rêvassais, songeant au bain chaud dans un onsen que j’allais m’accorder à mon arrivée. La pluie bruissait sur les aiguilles des pins et les buissons craquaient dans le vent. Ma clochette anti-ours tintait gaiement. Elle tintait, tintait, mais le vent violent qui soufflait à ma gauche emportait son chant vers la droite. Aucune bête sauvage venant de ma gauche n’aurait pu entendre la clochette ou sentir mon odeur.

Soudain, à ma gauche, à quelques distances au milieu des buissons, j’entendis un craquement sourd.
« Tiens ! Une branche vient de se casser, c’est surement le vent, » pensais-je innocemment.
Un second craquement retentit, puis un autre. Crac, crac, crac, crac.
« Tiens, on dirait plutôt un animal qui marche, » pensais-je. « Je me demande si c’est un élan ou un our… Et Sheiße. »
A ce moment précis, ma lampe torche illumina une silhouette sombre, moins haute mais plus massive que moi, dans les buissons. Au bout de la silhouette, je distinguais un nez pointu. L’animal n’était pas grand – les ours du Daisetsuzan n’ont rien à voir avec des grizzlis – mais j’entendis une respiration grondante, profonde comme un soupir, qui me tétanisa instantanément.
Groooooomph, groooooomph.
J’étais juste à coté. Le chemin était large de moins de deux mètres et entouré de buisson épais : essayez de « reculer prudemment en restant tourné vers l’animal » dans ces circonstances.
Je marchai prudemment, lentement, jusqu’au prochain tournant du chemin. Heureusement, l’ours devait être aussi surpris que moi et il ne suivit pas le mouvement. Très probablement, ma torche allumée (dont la lueur tremblait comme une flamme sous la pluie) lui avait également inspiré une saine méfiance.
Une fois que je fus hors de vue, je détalai sans pouvoir m’en empêcher (ce n’est pas recommandé par les brochures d’information, voyons !) et je me mis à courir comme un cheval emballé. Dix minutes plus tard, j’étais seule au milieu d’un terrain marécageux dépourvu d’arbres. Je m’arrêtai pour reprendre mon souffle. Puis, avec un sérieux de première de classe, je me répétai les conseils-pour-écarter-les-ours que j’avais lus :
1/ Faire du bruit pour les avertir
2/ Faire du bruit pour les avertir
3/ Si vous en voyez un, priez
N’étant pas croyante, je décidais de faire du bruit. Mais pas n’importe quel bruit. Oui : dans la nuit noire, au milieu des arbres sombres de la forêt obscure, l’idée me vint tout naturellement de chanter des chansons de karaoke.

Cette nuit-là, à travers la pluie et le vent, les animaux sauvages des grands bois virent passer une créature précédée par un mince rayon de lumière. La créature chantait à tue-tête. Elle chantait, principalement, des génériques de films du Studio Ghibli et « 残酷な天使のテーぜ » (« Zankoku Na Tenshi No Teeze »), inoubliable générique de la série Evangelion. Mais aussi « A la claire fontaine, m’en allant promener » et « Belle Lune, Belle », parce qu’il n’y a pas de raison.

A gauche : clochette anti-ours entièrement inefficace. A droite : lampe torche qui a survécu à tout et à laquelle je devrais dresser un autel dans mon salon. Où sont mes bâtons d’encens ?

Si une personne aussi gravement atteinte que moi parvient à apprendre une langue étrangère, je suis certaine que vous y parviendrez aussi.
Songez-y : si j’avais mieux parlé japonais, je n’aurais pas été surprise par un ouragan et fait brièvement connaissance avec un ours étonné. A contrario, si je n’avais pas du tout parlé japonais, je n’aurais pas pu flirter avec un park ranger en pleine nuit au pied d’un volcan et surtout, surtout, je n’aurais pas pu chanter « 残酷な天使のテーぜ » au milieu d’une forêt. Et nous pouvons tous nous accorder pour dire que ma vie en aurait été moins riche.

_______________
Cet article est dédié à la malheureuse personne qui m’a entendu raconter cette anecdote au moins quinze fois devant quinze groupes d’amis différents. Lise, très chère, réjouis-toi : maintenant, je n’aurais plus jamais à raconter cette histoire car il me suffira d’envoyer mes amis sur ce site. En plus, merveille des merveilles, j’y gagnerai des « views » supplémentaires : c’est l’alliance parfaite de la paresse et du marketing.

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6 réponses à “Apprenez une langue étrangère, sinon vous finirez dévoré(e) par un ours.

  1. Pingback: Mode d’Emploi : j’ai essayé d’apprendre une langue étrangère en quinze jours comme le promettent les publicités sur internet so you don’t have too. | Heroic (Fantasy) Writer

  2. Pingback: Comment décimer d’innocentes forêts françaises (i.e. comment envoyer son roman à des éditeurs) | Heroic (Fantasy) Writer

  3. C’était donc ça, la légende de l’ours. Elle est à la hauteur de mes plus fols espoirs!

    • Marie, si tu es la personne très constante à laquelle je pense, notre amie commune doit sauter de joie et faire des entrechats à l’idée que tu as lu l’histoire et que je ne vais donc pas te la raconter devant elle. J’espère d’ailleurs que tu as également de belles anecdotes de voyage à partager. 🙂

  4. Je vois que tu as prefere fricoter avec un ours plutot qu’avec un jeune et semillant ranger qui sentait probablement bon le feu de bois et un peu la sueur pleine de pheromones. Ceci explique beaucoup de chose sur tes choix de carriere.

    • Je ne sais pas comment je me retrouve à faire des choix aussi erronés. J’espère qu’au moins vous apprendrez de mes décisions catastrophiques et ne les reproduirez pas. Je ne souhaite qu’etre utile à la communauté (dit-elle en affectant l’air doux et pensif de sainte Thérèse de Lisieux) !

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