J’ai encore échoué à écrire un article lifestyle en parlant de crèmes de beauté.

Chers amis, chers visiteurs,

On me dit que parler de mode, de décoration et de produits de beauté marche très bien sur internet quand on est une fille. Et il se trouve que, justement, je suis une fille ! Il était temps que je vous parle de choses appropriées.
En effet, en tant que fille, on m’a bien fait comprendre depuis ma plus tendre enfance que je dois me demander sans cesse si je suis jolie ou non. Il parait que la beauté est le principal instrument qui pourrait me permettre d’être remarquée, voire aimée par autrui. Il me faut donc travailler sans arrêt à devenir plus belle, plus mince, etc., sinon je ne serais jamais remarquée par personne, et donc jamais reconnue pour mon intelligence ou mon intégrité. C’est logique.

Excusez-moi, je dois vous quitter un moment, mes diplômes et les papiers de mon entreprise viennent de prendre feu sans raison apparente. Je vais les éteindre avec du parfum à la rose et je reviens accomplir mon devoir de femme et vous parler de produits de beauté.

Crème magique

Me revoilà. Chères lectrices (et chers lecteurs qui veulent se cultiver), il y a quelques années, une amie très chère m’a demandé si j’utilisais une crème antiride car ma peau avait encore un aspect jeune. Nous avions vingt-cinq ans : j’ai ri aux larmes avant de me rendre compte qu’elle ne plaisantait pas. Depuis, poussée par la curiosité, j’ai fait des recherches sur les crèmes qui vous promettent de vous embellir grâce à la Science. Je me suis retrouvée à trembler d’horreur. Sachez que les crèmes de beauté sont des produits effrayants, que dis-je, terrifiants. Premièrement, j’ai établi que certaines crèmes de beauté peuvent vous transformer en homme-poisson.

Vous aurez remarqué que beaucoup de crèmes, en particulier les crèmes antirides (destinées à un public plus riche que celui des adolescentes qui se réveillent parfois avec un petit bouton), contiennent des choses compliquées aux noms incroyablement scientifiques : rétinol, collagène, ADN…
ADN ? Excusez-moi, nous parlons bien de l’ADN (acide désoxyribonucléique), longue molécule située dans le noyau de chaque cellule qui contient le code des molécules fabriquées par chaque cellule, lesquelles servent à construire le corps humain ?
Oui ! Par exemple, la marque suisse Valmont propose de merveilleuses crèmes à l’ADN (leur « Prime Regenera II » ne coûte qu’un maigre 199€ le petit pot, sautez sur l’occasion) car, selon la marque, « l’ADN aide les cellules de la peau à se régénérer ». Cette affirmation est sans reproche quand il s’agit de votre propre ADN, déjà contenu dans vos cellules. Cependant, de joyeuses recherches sur le site de la marque m’ont appris que l’ADN contenue dans ces produits de luxe est de l’ADN de saumon :

Valmont2

Notons au passage que Luc Besson écrit beaucoup mieux les explications pseudo-scientifiques scandaleuses ; lui, au moins, est distrayant. Source : http://www.evalmont.com/valmont-universe

Mais c’est incroyable ! Si de l’ADN de saumon se retrouve à régénérer mes cellules lorsque j’utilise cette crème, cela signifie-t-il que des ouïes et des écailles vont m’apparaître sur le visage ? Et si je tartine cette crème sur mes jambes, vont-elles se transformer en nageoires et vais-je enfin devenir une vraie sirène capable d’explorer les fonds marins et de faire naufrager de fières vaisseaux de la marine française, comme c’est mon rêve depuis ma plus tendre enfance ? Cette crème est-elle la solution pour tous les passionnés de jeux vidéo qui, ayant trop joué à « Zelda : Majora’s Mask », souhaitent se transformer en homme-poisson Zora dans la vraie vie ? Est-ce une méthode infaillible pour que Harry Potter triomphe lors de l’épreuve sous-marine du Tournoi des Trois Sorciers ? Ou bien cette crème est-elle trop active et a-t-elle déjà transformé en créatures mi-hommes mi-poissons des familles entières qui avaient 200€ à brûler dans l’achat d’un petit pot de crème et qui, en punition de leur absurdité, furent forcées d’aller s’installer sous la mer mais complotent à présent pour dominer l’humanité, fait divers qui aurait inspiré à Lovecraft la brillante nouvelle « le Cauchemar d’Innsmouth » ?
Au secours ! Les hommes-poissons sont parmi nous ! L’humanité est perdue !

ZoraLTTP

En haut : un utilisateur de la crème à l’ADN de saumon, très bientôt.

Ou pas, car les molécules d’ADN de saumon sont bien incapables de traverser la barrière de la peau humaine et se retrouver dans nos vaisseaux sanguins, sans parler de s’insinuer dans nos cellules. Les virus y parviennent bien, c’est même ainsi qu’ils fonctionnent : ils sont constitués d’un morceau d’ADN (ou d’ARN, une molécule dont on peut considérer dans le cadre réduit de cette discussion qu’elle a une fonction voisine) et d’un mécanisme qui leur sert à pénétrer dans le corps humain puis dans les cellules pour les coloniser. Mais les virus doivent utiliser des systèmes intelligents et subtiles pour pénétrer ou contourner la barrière de la peau, puis la paroi cellulaire. Traverser ces barrière en posant un vague bout d’ADN contre ses joues à l’aide d’une crème est impossible. Par conséquent, sauf à supposer que les scientifiques travaillant chez Valmont Cosmetics sont des professeurs fous en blouse blanches et qu’ils ont inventé, dans le secret de leur laboratoire, un nouveau virus très actif à base d’ADN de saumon (ce qui ouvrirait des perspectives intéressantes de pandémie mondiale de la maladie des hommes-poissons), il nous faut donc conclure que cette crème qui coûte 199€, je le rappelle, est une fumisterie complète.

Prenons les choses d’un point de vue légal. En théorie, les marketeurs qui mettent sur le marché des crèmes de beauté ne peuvent pas dire n’importe quoi : ils sont surveillés par les autorités. Cependant, tant que ces marketeurs disent techniquement des choses vraies, les régulateurs ne les empêchent pas de décrire leur produit avec des mots trompeurs. Par exemple, dans le cas de Valmont, les marketeurs disent « l’ADN aide les cellules de la peau à se régénérer. Notre crème contient de l’ADN ». Les deux phrases, prises séparément, sont vraies. Mais cette description de la crème omet soigneusement de préciser que c’est l’ADN humain déjà présent dans nos cellules qui participe à leur mécanisme de régénération. Quand à l’ADN contenu dans la crème, il n’aura aucun effet puisqu’il n’arrivera pas jusqu’aux cellules en question. Cependant, les marketeurs n’ont pas, techniquement, menti en écrivant ces deux phrases : ils ont le droit de décrire leur crème de cette façon. C’est rassurant de se savoir protégé par l’Etat et par la Loi.

Cependant, je crois en la bonté et en l’honnêteté des gens : qui donc oserait vendre des crèmes à 200€ qui ne fonctionnent pas ? C’est impossible, personne ne pourrait être aussi déloyal. J’en conclus donc qu’il y a une autre explication : ces crèmes, faute d’avoir la moindre efficacité mesurable du point de vue de la chimie organique, sont sûrement Magiques (au sens propre, avec visite à Diagon Alley ou à la Grande Fée d’Hyrule). Merci, ô grands enchanteurs qui nous offrez des crèmes à l’ADN de saumon.

Je vois que certains doutent encore qu’il y a intervention de la Magie dans cette histoire. Reprenons cette histoire de barrière de la peau. Notre peau protège nos organes : elle est, heureusement pour nous, difficile à traverser sans l’aide d’un scalpel ou d’un pic à glace. Il existe cependant des molécules qui sont assez petites pour la traverser et avoir ainsi un effet sur notre organisme : c’est le principe des patchs, que ce soit ceux qui servent à la contraception ou les patchs à la nicotine.
On cite parfois la « règle des 500 Da », qui est une simplification utile. La règle consiste à dire que les molécules caractérisées par une masse atomique inférieure à 500 Da (Da = Dalton, nom d’une unité de masse atomique) peuvent, dans certaines circonstances, traverser notre peau. La nicotine, qui se caractérise par une masse atomique de 160 Da, en est. En revanche, au-dessus de 500 Da, traverser la barrière cutanée deviendrait rapidement impossible. Et, malheureusement, les ingrédients aux noms incroyablement scientifiques que l’on retrouve dans beaucoup de crèmes antirides ont presque tous une masse atomique bien plus élevée que 500 Da.
Par exemple, l’ADN dont nous parlions est une molécule immense : il est constitué d’une longue chaîne de composants moléculaires, les « paires de bases », dont chacune possède une masse atomique de 600 Da environs. C’est déjà trop gros pour passer la barrière de la peau. Etant donné qu’une molécule d’ADN compte des milliers de « paires de bases » de 600 Da, l’ADN de saumon n’a aucune chance de se retrouver dans nos cellules.
Le collagène, que l’on retrouve dans pléthore de crèmes, est dans le même cas. Le collagène est un produit naturellement fabriqué par le corps humain et qui permet (pour simplifier) de maintenir ensemble (« coller ») les cellules de la peau. Chercher à en ajouter par l’intermédiaire d’une crème pour renforcer la peau peut sembler logique. Cependant, le collagène est encore une fois une molécule beaucoup trop grosse (autour de 15 000 Da) pour traverser la barrière cutanée. Tout collagène contenu dans une crème restera donc sur vos joues et n’atteindra jamais vos cellules.

crèmehydratantecollagène

Cette merveilleuse crème au collagène de porc sera à vous pour la somme modique de 12€ et elle ne servira à rien.

Sauf, encore une fois, grâce à l’opération de la Magie – si un jour vous voyez des étincelles roses qui s’échappent d’un pot de crème et entendez un effet sonore de clochettes qui tintinnabulent quand vous l’ouvrez (signes de l’action de la Magie dans tous les bons films de genre), vous aurez alors la preuve que cette crème fonctionne. Dans ce cas, je vous conseille vivement de payer les 200€ nécessaire pour l’acquérir.

Cependant, allez-vous me demander, est-ce qu’il y a finalement, dans ces crèmes de beauté, quelque chose qui fonctionne de manière scientifique et démontrable ?
Si on veut. Une crème de beauté est d’abord une crème hydratante à laquelle on a rajouté des ingrédients avec de jolis noms. Et une crème hydratante est un mélange extrêmement simple : si vous avez des amis hippy, ils ont déjà, sans doute, fabriqué leur propre crème hydratante. La base en est l’huile : d’ailleurs, l’huile seule (vaseline, huile de noix de coco) peut faire une crème hydratante passable, mais elle brille un peu trop. Pour faire une jolie crème, on mélange donc l’huile avec de l’eau en ajoutant un émulsifiant (comme du miel ou de la cire d’abeille) pour les maintenir ensemble. Varier les proportions d’huile, d’eau et de cire permet d’obtenir des crèmes plus ou moins grasses ou fluides. La crème obtenue forme un film sur la peau et la protège, permettant à la peau de conserver son hydratation. Jusqu’ici, rien de particulièrement charlatanesque.
On peut ensuite songer à ajouter à une crème hydratante des choses qui ont pour objet d’agir en restant à la surface de la peau : écran solaire etc. Cela n’est à priori pas choquant et, puisque nous ne sommes pas en train de parler de traverser sauvagement la barrière cutanée, je ne vais pas m’en formaliser.
Finalement, revenons aux crèmes qui promettent rejuvénation et jeunesse éternelle. Leur premier ingrédient vraiment amusant est, pour une fois, « efficace » : il s’agit de protéines végétales appelées, selon la marque, « tenseurs peptidiques », « complexe dermique effet re-tenseur », « soin puissant re-tenseur antiride » etc. Ce sont des molécules qui sont longues et distendues en milieu humide (dans le pot de crème) mais se contractent en séchant (sur la peau). En se contractant, les molécules tiraillent la peau (voilà qui me parait agréable) et atténuent ainsi, temporairement, les petites rides. Evidemment, ces « tenseurs peptidiques » n’ont qu’un effet temporaire car ils vous abandonneront pour aller vivre de nouvelles aventures à la minute où vous vous laverez le visage. Ils restent uniquement à la surface de la peau : dans ce cadre, on peut dire qu’ils ont une fonction démontrable, quoique fugace.

Le fait que ces produits antirides n’aient aucune efficacité sous la barrière de la peau (i.e. à l’intérieur du corps humain) est très certainement une bonne chose. Les vrais médicaments contiennent des substances efficaces qui se jettent sur notre corps comme autant de boulets de démolition. Ces substances corrigent ce qu’elles ont à corriger mais elles le font au prix de dommages collatéraux parfois très désagréables : bref, elles agissent. Tous mes amis qui ont eu un jour à prendre des antidépresseurs, par exemple, savent très bien qu’on ne gagne rien sans peine. Si les crèmes de beauté agissaient vraiment à l’intérieur de la peau, elles auraient sans doute des effets secondaires très malvenus et seraient tout simplement trop dangereuses pour être en vente libre.
Les vitamines A et C sont un exemple de molécules réellement efficaces et qui ne peuvent par conséquent pas être utilisées dans les crèmes antirides. Elles ont une efficacité démontrée contre les rides, mais, à la concentration où il a une efficacité démontrée, elles ont aussi pour effet de rendre la peau brûlante, douloureuse et rouge vif. De ce fait, les crèmes qui disent contenir de la vitamine A ou C (souvent sous le nom de « rétinol A ») en contiennent uniquement dans des quantités infinitésimales et complètement insuffisantes pour avoir un effet quelconque. Cependant, maintenant que vous connaissez le principe, vous pouvez imaginez vous-même la description de ces crèmes proposées par les marketeurs et acceptées par les autorités régulatrices : « Le retinol A a une action prouvée contre les rides. Notre crème contient du retinol A. »
Par ailleurs, la vitamine A est utilisée en plus grande quantité dans certaines crèmes anti-acnés disponibles uniquement sur ordonnance. Ces crèmes, me dit-on, laissent la peau horriblement rouge si on en met trop.

Donc nous avons des ingrédients qui ne fonctionnent pas ou des ingrédients en quantité trop faible pour fonctionner. Heureusement qu’il reste la Magie, sinon nous pourrions croire que la jeunesse éternelle ne peut être achetée en pot compte tenu des moyens techniques actuels. En parlant de magie, j’ai d’ailleurs découverts que certaines crèmes contiennent des ingrédients improbables auxquels seuls le professeur Snape à Hogwarts et la nourrice d’Iseult-la-Blonde préparatrice de filtres d’amour devraient normalement avoir accès. C’est en faisant cette découverte que j’ai commencé à me sentir vraiment perdue dans Faeryland. Je n’ai pas encore vue de crème à la corne de licorne, mais, après mes dernières recherches, il me suffit de fermer les yeux pour me souvenir de rayons de parfumeries et de corners entiers remplis de crèmes et de produits de beauté à la perle, au caviar, et bien entendu…

Diamants

Le « Diamond Infused Collagen Serum » sera a vous pour 699$. Source : http://www.foreverflawless.com/

…aux diamants. Le capitalisme est tellement prévisible.

Il n’y a pas d’explication rationnelle à l’existence d’une crème au diamant, pierre que je n’ai personnellement pas du tout envie d’approcher de mon visage étant donné qu’elle est plus dure que le silex et capable de découper du verre. Mais une personne qui dépose délicatement sur sa peau une noisette de crème au diamant en poudre ne pense pas à l’effet réel des pierres coupantes. Elle espère secrètement que, puisque le diamant est scintillant et précieux, on la trouvera peut-être scintillante et précieuse, elle, si elle s’en couvre le visage. Ce qui me rend, à vrai dire, un peu triste pour cette personne.

Un psychologue appellerait l’utilisation de ces crèmes de la « pensée magique », ce qui veut dire, pour être clair, que seules les personnes qui croient à la Magie pensent qu’elles peuvent fonctionner.
Suivant la même logique, nous savons tous que les perles sont pâles, délicates et douces au toucher : leur utilisation dans des cosmétiques luxueux supposés donner une peau pâle, délicate et douce au toucher était déjà présente dans la médecine chinoise traditionnelle. Quant au caviar, il est luxueux et rare, et une crème au caviar ne peut donc être qu’un luxe rare et donc efficace, etc. Au passage, je suis d’ailleurs un peu déçue qu’il n’existe pas de crème à la truffe blanche.

CaviarLaPrairie

Plan de Domination de l’Humanité par les Hommes-Poissons : étape 2.

L’idée qu’on peut prédire l’effet d’un ingrédient en regardant simplement son aspect extérieur date d’il y a bien longtemps. En Europe, la médecine du Moyen-âge (cette source sans fin d’amusement) était par exemple fondée sur la ressemblance entre la chose à traiter et le moyen utilisé : on disait « similia similibus curantur » (« les semblables soignent les semblables »). Par exemple, des infusions de fleurs jaunes étaient utilisées pour traiter la jaunisse, car leur couleur jaune passait pour une indication de leur utilisation. La théorie était que Dieu avait laissé ce signe visible sur les plantes pour aider les humains à comprendre leur rôle. Puis, un jour, quelqu’un décida d’utiliser sérieusement la méthode expérimentale pour tester l’efficacité des traitements et ces théories furent rapidement abandonnées (sauf par les homéopathes, cette autre source sans fin d’amusement).

Si vous souhaitez mettre à l’épreuve la logique de ces crèmes luxueuses, je vous propose par exemple de dormir avec des cotons imbibés de décoction de bleuet sur les paupières pendant une semaine : vos yeux ne seront probablement pas devenus bleus à la fin (à l’inverse, si vous avez les yeux bleus, tentez l’expérience avec des cotons imbibés de café. Dans les deux cas, nous rirons bien). De la même façon, une crème à la perle ne fera pas ressembler votre peau à de la nacre.
D’ailleurs, j’ai passé les étés de mon enfance à me couper violemment la plante des pieds sur des morceaux de nacre en courant sur la plage. Je ne peux donc pas envisager sans grimacer de douleur de frotter volontairement des éclats de perle (c’est-à-dire des morceaux de nacre) sur mon visage, aussi petits soient-ils. Et ce n’est pas parce qu’une crème contient du caviar (décidément, qu’est-ce que les gens ont avec le poisson ?) qu’elle sera efficace.
Il n’est évidemment pas impossible qu’une molécule contenue dans un ingrédient rare et coûteux s’avère efficace par le plus grand des hasards. Mais, si c’était le cas, les scientifiques s’empresseraient alors de trouver un moyen de fabriquer ou de se procurer cette molécule d’une manière moins coûteuse. En effet, si la molécule était efficace, l’aura mystique mièvre des perles, des diamants et du caviar ne serait pas nécessaire pour que la crème se vende.

BathTherapy

Crème « Bath Therapy » pour les mains aux extraits de perles et de soie. J’avais oublié la soie, charmante fibre textile produite par des chenilles et des araignées et donc, logiquement, incarnation du luxe.

J’ai essayé d’écrire un article sérieux : j’ai vraiment essayé, je vous le jure. La conclusion devait être qu’il faut arrêter d’écouter les gens qui vous font croire que vous n’êtes jamais assez jolie ou assez jeune et qui, une fois que vous en serez persuadée, vous proposeront gentiment de vous vendre des filtres magiques pour vous « embellir », vous extorquant au passage des sommes d’argent dont la possession exige d’avoir spolié des veuves et des orphelins.
Je suis évidemment toujours d’accord avec cette conclusion. Mais, en regardant ces publicités pour des produits improbables, je reste surtout sur l’impression que les êtres humains sont absolument fascinants. Un vertige me prend devant toutes ces créations : mes frères, mes sœurs, nous sommes prêts à nous couvrir le visage de diamants, de perles et de caviar sans aucune ironie ; au nom de la Beauté, nous sommes capables de souhaiter que nos cellules se fassent coloniser par de l’ADN de poisson et notre derme par du collagène de porc. Humanité, je vous aime bien, vous êtes drôles.

En ton honneur, humanité, je serais prête, dès demain, à me couvrir de crème au diamant pour devenir plus dure que du silex, capable de résister à toutes les déceptions de la vie – si cette crème ne coûtait pas 500€ le pot. Dès demain, si elle ne coûtait pas tout aussi cher, je plongerais la tête la première dans un pot de crème à la perle, à la suite de quoi je ferais partout mon entrée en jaillissant d’une huitre, telle la petite sirène ; puis j’irais chanter au pied d’une falaise des chansons douces capables de faire s’échouer tous les porte-avions. Dès demain, si elle ne coûtait 200€ le pot, je me couvrirais de crème à l’ADN de saumon et aux extraits de caviar, puis, ma transformation en ichtyomorphe accomplie, j’irais avec mes frères les hommes-poissons conquérir la ville d’Innsmouth. Oui, décidément, j’ai voulu écrire un article sur les crèmes de beauté mais, à la place, j’ai rencontré la Magie.

En revanche, et j’insiste sur ce point, aucune de ces crèmes ne me retirera jamais la moindre ride.

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Si par hasard vous souhaitez aborder de manière moins fantaisiste le même sujet, je mets entre vos mains les sources de la Connaissance :
– Le livre « Bad Science » de Ben Goldacre, qui se moque didactiquement du charlatanisme en général et des produits de beauté en particulier, et où j’ai volé le problème de l’ADN de saumon.
– De quoi vous pencher sur le cadre dans lequel a été formulée la « règle des 500 Dalton »
– Le clip de cette jeune femme sympathique qui s’étrangle devant les crèmes au collagène de porc.

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18 réponses à “J’ai encore échoué à écrire un article lifestyle en parlant de crèmes de beauté.

  1. Bonjour HW,

    Je trouve dommage que tu répondes de manière aussi condescendante et je crois que tu n’as pas compris ma remarque sur le marketing. Justement, vu que tu as fait une école de commerce, ce que j’ignorais, tu dois bien être la dernière personne à être naïve sur le sujet. Mais si je t’ai fait rire, tant mieux.

    Et si tu es si certaine d’avoir une idée parfaitement objective et efficace pour mesurer l’efficacité des actifs cosmétiques, et bien je t’encourage à la proposer auprès des grands laboratoires, ou bien à la DGCCRF si cela de tient à cœur ! Ce n’est pas comme si personne n’avait déjà pensé à des protocoles auparavant !

    Je trouve présomptueux que tu oses aborder des sujets que ni toi ni moi ne maîtrisons parfaitement, en particulier la manière dont les actifs passent la barrière de la peau, ou encore les protocoles de tests, etc.
    Mais je me trompe peut-être, tu es peut-être diplômée d’école de commerce et experte en biologie et en chimie.

    Je ne vais entrer dans aucun débat ici. Libre à toi d’être convaincue par les cosmétiques. Je souhaitais simplement donner mon opinion, pas te convaincre.

    Enfin, si je peux me permettre d’exprimer mon sentiment personnel, (ce sera la dernière fois d’ailleurs). Tu écris très bien, mais un peu d’humilité ne ferait pas de mal.

    • Re-re-Bonjour Marie,

      Mes excuses pour l’école de commerce, c’était une vanne totalement accidentelle : puisque je ne connais absolument pas ton parcours, ta phrase n’était pas entièrement claire pour moi et j’ai pensé que tu faisais référence à mes études à moi, dont je fais occasionnellement mention sur ce site. Effectivement, comme tu faisais en fait référence à toi-même, ma réponse prenait un aspect vraiment vache, ce qui n’était pas voulu du tout. A la lumière de ceci, j’espère que tu me croiras quand je te dis que, si j’ai pris le temps d’expliciter mes arguments dans les commentaires, c’est avant tout pour te donner l’opportunité d’y répondre et de me contredire avec une bonne référence. Je considérais ça avant tout comme une marque de respect envers le temps que tu as passé à rédiger tes messages.

      Je respecte aussi tout à fait ton choix de ne pas poursuivre la conversation et je te souhaite une excellente continuation. Je te remercie de plus de ta contribution.

      Je me permets une dernière remarque parce que c’est mon blog, qui est que tout de même, ça m’attriste un peu de voir l’argument « mais tu ne comprends rien aux réactions chimiques qui permettent de passer la barrière cutanée » (C’est vrai. Je n’y connais rien.). L’expérience que je proposais (qui n’est évidemment pas la mienne, c’est un schéma classique) est cependant une expérience simple qui permet de voir si une crème marche en pratique. Je trouve que c’est important (et enrichissant) de garder un petit contact avec les principes du raisonnement scientifique même si on ne porte pas de blouse blanche soi-même. Je reste d’ailleurs totalement ouverte à être convaincue par une crème si elle est testée de cette façon !

      • Il n’y a pas de mal 🙂

        Le souci des protocoles de tests sur produit fini c’est qu’ils varient d’une entreprise à une autre et il n’y a pas d’homogénéisation des procédés.
        Même pour les tests SPF solaires il y a des différences entre les protocoles mis en oeuvre… Donc ça reste flou tout de même je te l’accorde.
        Pour ce qui est des tests sur les actifs, en revanche je suis convaincue de leur efficacité sur les mécanismes cellulaires. Je vois les tests sous mes yeux tous les jours dans mes dossiers techniques ! Après, voit-on vraiment les résultats sur la peau ? On fait des avant/après et des mesures sur panels de plusieurs femmes et on obtient une moyenne.

        Après, chez soi dans sa salle de bain, la perception d’efficacité est très subjective. Ce qui compte c’est d’être contente de son achat et de se sentir bien. J’en reviens toujours là. Le client a toujours le choix, marketing ou non. 😉 J’arrête les sujets qui fâchent ça vaudra mieux !

        Bonne soirée !

  2. Bonjour,
    Je comprends ton scepticisme vis à vis des crèmes anti-âge, c’est vrai, il arrive qu’elles revendiquent des bénéfices à peine croyables.
    Néanmoins, je trouve dommage que les exemples que tu as choisis soient vraiment extrêmes et peu représentatifs de la réalité.

    Il existe une majorité de marques de cosmétiques qui formulent des soins tout à fait recommandables et à l’efficacité réelle, mesurable et appréciée par les clientes.
    Une crème n’est pas magique, certes, mais elle peut très bien agir à plusieurs niveaux dans la peau, sans s’arrêter uniquement à sa surface ou à ses couches superficielles.
    (Là, je te l’accorde, la définition officielle des soins cosmétiques est très contestable, car les actifs cosmétiques peuvent agir jusqu’au derme voire l’hypoderme)

    Beaucoup de crèmes ne se contentent pas d’apporter du collagène ou de l’acide hyaluronique qui fait défaut dans la peau âgée.
    Elles apportent des actifs qui relancent l’activité des cellules de la peau, comme par exemple les fibroblastes pour que leur production naturelle d’éléments clés du derme soit stimulée (collagène, élastine etc.).
    Et ces molécules actives sont assez souvent encapsulées ou sous forme bio-disponible pour pouvoir agir au coeur des cellules.
    Les laboratoires et les formulateurs font généralement très bien leur travail, et la règlementation est extrêmement stricte donc il est impossible de revendiquer des mensonges au consommateur.
    Le consommateur est très bien protégé, il faut le savoir !

    Je pense qu’avant d’être critique envers les acteurs de l’industrie cosmétique il faut garder en tête qu’ils font partie d’un secteur dont l’objectif est d’apporter du bien-être et du plaisir aux femmes quel que soit leur âge.
    Une femme n’achète pas une crème uniquement parce qu’elle va faire disparaître ses rides comme par magie, mais parce qu’en l’appliquant elle se fait du bien et se sent mieux dans sa peau, tout simplement.
    Et pourquoi une femme est-elle attirée par les crèmes aux extraits de perles ou de diamant ou d’or ? Parce que ça fait rêver ! Ca donne envie ! Il n’y a pas de mal à ça, et ça ne fait pas d’elles des personnes navrantes ou crédules.
    Mais effectivement, tu es libre d’adhérer ou non à cette idée.

    Ce qui compte c’est de ne pas sentir de pression à paraître jeune et parfaite, et je crois que le bon sens fait le reste.
    Mais… la perception de la beauté est très subjective. Il suffit de demander aux coréennes… Bon sujet philosophique, n’est-ce pas ?

    En ce qui me concerne j’utilise avec plaisir des crèmes cosmétiques depuis que j’ai 22 ans (et anti-âge depuis que j’en ai 28). J’en ai bientôt 32 et je m’en porte plutôt bien 🙂

    • Bonjour Marie !

      Je suis intéressée par ton commentaire (comme par tous les avis contraire). Mais donc, si tu penses avoir trouvé la ou les perles rares, pourquoi ne pas donner de noms ? Je préfère regarder des exemples concrets plutôt que débattre sur des nuages. 🙂 Si tu veux me dire quelles crèmes tu conseilles, cela permettrait aux lecteurs (et à moi) de se poser deux questions :
      1/ est-ce que les promesses de ces crèmes semblent tenir la route en théorie ?
      2/ quels tests ont été fait pour déterminer si cela marche en réalité ?
      …tu remarqueras que je ne suis jamais arrivée à l’étape 2 dans mon petit article, parce que les promesses étaient tellement transparentes qu’il n’y en avait pas besoin. Mais l’étape 2 est absolument cruciale : c’est ce qui fait la différence entre « construire un raisonnement pour séduire un client plus ou moins instruit » et « réellement chercher à créer un produit efficace qui méritera la dépense du consommateur ». Ce qui me semble très important : c’est une question d’honnêteté, et il me semble normal de l’exiger.

      Quant à rêver, je suis la première à trouver les invocations aux images de perles et diamants très jolies, mais si le rêve consiste à séparer une personne de son argent chèrement gagné en lui expliquant qu’elle a l’air vieille et que c’est mal, je proteste vertement : je ne trouve pas cela normal. C’est malhonnête, et autant s’acheter une vraie perle avec cet argent. Ou un bouquet de fleurs, car voilà qui donne vraiment le sourire. Est-ce que ça ne te dérange pas, personnellement, de savoir que c’est fondamentalement une opération marketing ? Puisque tu sembles défendre ce système, je serais vraiment contente de comprendre ton ressenti. 🙂

      P.S. Si tu n’as pas déjà donné le nom de ta crème parce que tu as remarqué que, en plus de composants que tu considères comme efficaces, elle contient des choses que j’ai critiqué dans mon article plus haut, cela n’est pas un problème – j’utilise moi-même une crème hydratante (non antirides) qui proclame qu’elle contient « de l’eau thermale », belle opération marketing qui date au moins du 19e siècle. Qu’est-ce que ça nous apporte, je me le demande bien, mais comme cette crème ne contient pas de parfums facteurs d’allergies et autres et qu’elle coûte 9€, je lui pardonne : cela ne fait pas de mal. C’est la crème plus simple que j’ai trouvée et elle me convient parfaitement à trente-trois ans (l’âge de raison chez les hobbits, il est donc temps que je m’assagisse).

      • Bonsoir,
        Pour te répondre, je travaille depuis 8 ans dans le secteur de la cosmétique sélective (tu devais t’en douter un peu :)) et je suis passée par de grandes marques leader du soin en France et à l’international.

        Je sais très bien ce qu’il y a dans les dossiers scientifiques des labos avant chaque lancement produit et je peux t’assurer que des tests in vitro sont réalisés sur les actifs clés de ces soins pour prouver l’action revendiquée. J’ai vu de mes yeux les résultats, et oui, les actifs relancent la production de collagène, ou activent l’expression de certains gènes codant pour telle protéine utile à la peau. De plus, des tests cliniques sont faits sur produits finis pour prouver l’efficacité sur les signes de l’âge (mesure de la profondeur, longueur de la ride, etc sous contrôle dermatologique) ou sur l’hydratation (cinétique d’hydratation) etc.
        La législation veille à ce que les marques ne revendiquent pas d’allégations mensongères, donc toutes les revendications, claims et arguments qui ne sont pas étayés par des preuves scientifiques sont attaquables. Et l’amende est TRES élevée alors les marques font très attention à ne pas raconter de mensonges.

        Les seuls tests un peu contestables sont les tests de consos (satisfaction-clients) car la manière dont sont posées les questions sont faciles à orienter même si les clientes sont libres de répondre ce qu’elles veulent. Ce que je ne cautionne pas c’est l’utilisation par certaines marques de tests consos pour faire croire que le produit est efficace faute de tests cliniques significatifs. Là, c’est prendre les clientes pour des individus très crédules.

        « Est-ce que ça ne te dérange pas, personnellement, de savoir que c’est fondamentalement une opération marketing ? »
        Et bien non, cela ne me choque pas car le marketing est fait pour soutenir un concept et aider à vendre le produit ! Alors oui, c’est parfois fait de manière plus ou moins exagérée mais la vente n’est pas forcée. Le client a son libre arbitre, on ne le force pas à se séparer de son argent.

        Et puis, dis toi bien qu’une femme qui achète des crèmes La Prairie au caviar (au hasard) n’est pas à 100 euros près dans son porte-monnaie !
        Pour avoir fait une école de commerce, j’ai fini de croire au monde des bisounours ! (booooouh, on peut me huer).

        Mais pour les gens normaux comme toi et moi, à partir du moment où nous n’avons pas de préoccupation spécifique (acné, couperose ou que sais-je), nous sommes drivées par le rapport qualité-prix, et pas vraiment par les résultats tests ni les promesses vaines. Et si une crème à 9 euros fait le job, que la composition semble convenable et que la texture est OK (ça aussi c’est un facteur déterminant) alors, bien sur que ça a du sens de l’acheter, en GMS ou en para.

        Mais si un jour tu as l’occasion de tester une crème Dior ou Clarins sur ta peau, alors tu verrais la différence en termes de sensorialité. La notion de bien-être est fondamentale quand on parle de cosmétique. 🙂 De temps en temps ça ne fait pas de mal de se faire plaisir si on a les moyens.

        • Bonjour Marie,

          Je réponds des lustres plus tard, non pas parce que je voulais ignorer ton commentaire mais parce que j’avais un examen de chinois. Je ne sais pas si tu auras l’occasion de repasser par ici, mais au cas où…

          Premièrement, je te remercie d’avoir prix le temps de taper ta réponse intéressante.

          Pour commencer, si c’est l’aspect agréable de la texture des crèmes haut-de-gamme qui justifie le coût pour toi, je n’ai rien à y redire, c’est un argument tout à fait recevable si tu penses personnellement que ça vaut le coût ! Moi pas, le parfum de ces crèmes est souvent trop fort pour moi (c’est d’ailleurs aussi le cas dans certaines crèmes bon marché) et j’ai l’impression que cela m’irrite un peu la peau, mais de ce point de vue c’est une opinion personnelle.

          Deuxièmement, ça m’a fait bien rire que tu penses que je devrais être plus naïve devant le marketing parce que j’ai fait une école de commerce. C’est plutôt le contraire qui devrait se passer, non ? 🙂
          Une école de commerce, c’est une formation technique pour apprendre comment monter ou gérer des projets de manière réaliste dans le cadre de notre économie, pas un lavage de cerveau. Je t’avoue volontiers qu’une petite partie de mes camarades de classe avaient tendance à gober un peu tout ce que les entreprises qui venaient sur le campus pour nous expliquer qu’elles étaient trop cool disaient (*tousseloréaltousse*) et se mettaient à dire que si l’entreprise X le fait, c’est forcément que c’est bien. Cependant, le Darwin Award est à leur charge personnelle.

          Mais revenons au cœur du problème : l’efficacité des crèmes. Je m’excuse, je vais écrire un roman mais il me semble que le sujet est suffisamment intéressant pour le justifier. Tu mentionnes les tests in vitro qui sont importants, bien entendu, mais ils ne sont pas parfaits puisque, comme j’en parlais dans l’article, ils ne reflètent pas de manière réaliste la façon dont les actifs doivent passer la barrière de la peau avant d’arriver dans les cellules. Au passage, ce sont souvent ces tests in vitro qui permettent de dire « cet actif réactive les cellules » sans être en contradiction avec la loi – dans des conditions in vitro, c’est vrai, donc la publicité ne ment pas.
          Comme tu le soulignes, les personnes qui travaillent à formuler ces actifs sont compétentes, et comme elles sont compétentes elles doivent être bien conscientes du problème et savoir exactement comment déterminer si la crème marche : pour cela, il n’y a pas le choix, il faut faire un test clinique (i.e. sur des volontaires) de comparaison avec une crème hydratante sans actifs ajoutés, doublement à l’aveugle.

          C’est à dire : il faut prendre des volontaires et leur donner à appliquer ou bien la crème contenant les actifs ou bien de la crème hydratante sans actifs. Faire la comparaison avec une crème sans actifs est important car, évidemment, si on compare une crème à « pas de crème du tout », n’importe quelle crème, y compris la Biafine ou la Nivéa « modèle familial » de base, a l’air de faire des miracles.
          Un autre point important est que la façon de procéder à la comparaison doit être sérieuse, sinon on peut faire dire n’importe quoi à une expérience. Les volontaires ne doivent pas savoir laquelle des deux crèmes ils ont reçu. S’ils le savaient, cela influencerait leur façon de s’en servir (s’ils savent que c’est une crème hydratante de base, ils seront moins enthousiastes pour l’appliquer que si c’est une crème dernier cri grand luxe haute technologie) mais également le résultat, via l’effet placebo. L’attribution des crèmes doit aussi se faire aussi sans que les expérimentateurs décident lequel des volontaire reçoit quelle crème, et ils ne doivent pas savoir qui s’applique quoi durant toute la durée de l’expérience. Si les expérimentateurs décidaient, ils pourraient donner la crème haute technologie aux personnes qui leur semblent plus prometteuses ou motivées pour bien l’appliquer, ce qui fait que l’expérience ne serait pas impartiale. Si les expérimentateurs savaient quel volontaire applique quoi, cela pourrait perturber aussi leurs mesures de résultats – par exemple, ils recommenceraient la mesure deux fois avec la crème haute technologie si le résultat est mauvais car ils penseraient avoir fait une erreur, mais pas avec la crème hydratante de base car ils s’attendraient à un mauvais résultat.
          Une fois ces conditions remplies (c’est ça que signifie « doublement à l’aveugle »), on mesure les résultats et, une fois tout les chiffres enregistrés, on révèle qui essayait quel type de crème et on compare les chiffres d’efficacité entre crème de haute technologie et crème hydratante de base.
          Ça parait compliqué ? Ah bon ? Mais je croyais que les gens qui travaillent dans ces labos étaient vraiment bons… 😉
          Plaisanteries à part, ce n’est pas sorcier une fois que le concept est posé. N’importe quel scientifique sérieux connait ce principe « d’expérience doublement à l’aveugle » pour mesurer une efficacité. C’est un processus un peu coûteux, c’est vrai, mais il suffit de le faire une fois et c’est mille fois moins cher que le cachet de l’actrice dont tout le monde se fiche qui pose sur l’affiche pour la publicité. Et surtout, ce processus est nécessaire lorsqu’on veut vraiment déterminer une efficacité réelle. Et si je devais dépenser mon argent (ou encourager mes ami-e-s à le faire) dans une crème de luxe, je voudrais que cette question – et pas une autre – soit centrale au processus de création de la crème. Sinon, je préfère pour le même prix m’acheter, au hasard, une robe de plage qui sera tellement confortable par grande chaleur mais me vaudra des compliments dans la rue, ou mettre mon argent de côté pour un voyage en Chine.

          Je ne dis pas qu’aucune marque ne fait cet effort ; je n’en ai jamais entendu parlé, mais je ne dis pas que ça n’existe pas. Si tu connais une marque qui fait cette expérience sérieusement et publie de façon transparente ses processus et résultats expérimentaux, je serai vraiment ravie de recommander la crème en question à toutes mes amies qui pensent qu’elles ont trop de rides (en général parce que leur mères le leur répètent pour les convaincre d’avoir des enfants plus vite). Ça, ce serait une marque qui se préoccuperait vraiment d’offrir un bon produit et pas seulement de me convaincre qu’il est bon. Je souhaiterais sincèrement mettre en avant de telles marques, si elles existent.

          Par ailleurs, je suis totalement geek, je l’admets volontiers (mon pseudonyme est « heroic writer », tu m’as démasquée ! 😉 ) et sans doute plus intéressée par les chiffres et processus expérimentaux que le client lambda de ton entreprise. Néanmoins, dans notre économie, un nombre croissant de personnes font le choix de travailler moins pour avoir plus de temps à eux, et qui donc gagnent moins (ou bien ils y sont forcés et n’ont pas le choix car tout le monde n’a pas fait une école de commerce). Je pense que l’argument « tu finiras bien par avoir de quoi acheter des marques haut-de-gamme sans que cela n’alourdisse ton budget » est un peu dangereux du point de vue du chiffre d’affaire de ton entreprise, car cela signifie qu’un nombre croissant de gens font de plus en plus attention à leurs dépenses.

          Bien cordialement, mais pas convaincue,
          HW

  3. J’arrive en retard, mais quel beau texte, je salue, j’applaudis des deux palmes ! Oui parce qu’après avoir longtemps bossé comme maquilleuse, tu peux t’imaginer tout ce que j’ai pu tartiner comme crèmes et autres produits étranges sur les gens et sur moi-même… Et effectivement, les rides, c’est chouette. Les rides c’est la vie. Et résultat je ne me maquille plus et je ne met plus de crème, et je rigole quand on me donne parfois 10 ans de moins que mon âge (et c’est limite gênant de devoir justifier chaque année que non je suis pas en train de sécher le bac là, je l’ai eu depuis longtemps…). Et parfois on me donne mon âge et c’est très bien.

    • Ha ! Merci de ta réaction, elle me fait très plaisir. Et c’est drôle à quel point l’âge des gens est difficile à déterminer avec ou sans crème, j’ai également des amis à qui ont demande encore si elles souhaitent une réduction « moins de dix-huit ans » dans les musées à trente ans alors que de mon côté je suis bloquée à « vous avez vingt-cinq ans » depuis que j’en ai dix-sept. C’est dommage d’essayer de monétiser cette diversité et de dire à tout le monde « non, non, quel que soit ce que vous avez vécu, il faut avoir l’air plus jeune ».

      • Oui, c’est un sujet passionnant ! Surtout que ce n’est pas universel, je vois en maquillage par exemple, la mode du contouring à outrance vient des maquillages orientaux, où là le maquillage ultra poussé est un rituel du passage de jeune fille à femme marié. Quelque part, le contouring, c’est se vieillir, se creuser les traits, s’ôter les bonnes joies de bébé de l’enfance…

  4. Ton article m’a donné de nombreuses idées. Il faut tout de suite lancer la commercialisation de crèmes à l’ADN de cafard (ne sont-ils pas connus pour leur résistance?) ainsi qu’une « crème surhydratante au saindoux pur porc » pour l’aspect traditionnel (avec éventuellement une variante halal)

    • Mais c’est un trait de génie, mec ! Je veux absolument cette crème au cafard. Et j’ai même déjà sa description (totalement légale) :
      « La Blattela Germanica (cafard commun) se caractérise par sa grande résistance, y compris à des explosions nucléaires, grâce à son exosquelette riche en Chitine. Notre crème est riche en Chitine et en extrait d’ADN de Blattela Germanica pour apporter tous leurs bienfaits* à votre peau. »
      *ndlr : bienfaits absolument pas démontrés et probablement nuls dans le cas de la peau humaine, mais rien ne nous oblige à le préciser.

      Je me suis par ailleurs posé la question du halal et du kascher en voyant toutes ces crèmes au porc. Ça compte quand il ne s’agit pas de les manger ? Would somebody care to weight in ?

  5. Je n’ai pas fini de lire, mais, en tant que cinéphile, je serais totalement prêt à acheter des crèmes hydratantes créées par Luc Besson. « Lucy », c’est bien comme nom, non ?

    • C’est parfait.
      « Découvrez ‘Lucy’, la crème qui vous permet d’utiliser 100% des capacités de votre peau plutôt que 10%. Dans la même collection, vous aimerez aussi la ‘Crème Aux Cinq Elements’ qui vous rajeunit grâce au pouvoir de l’amour et la ‘Crème Professionnelle’ qui vous rend aussi jeune que Matilda. » (on sent mon grand âge à ces dernières références)

  6. « et il se trouve que, justement, je suis une fille ! » Je me dois te rappeler qu’il est important de le mentionner car cela n’est effectivement pas évident, comme l’avait démontré un certain M. Baume (God bless him!).

    Article très intéressant et auquel je me dois aussi d’apporter du grain à moudre avec ma propre expérience. N’utilisant aucune crème anti-ride, anti-âge, à la perle ou au diamant, j’ai effectivement régulièrement des compliments sur la jeunesse de ma peau. Bizarrement, les gens sont moins prolifiques en compliments quand il s’agit de la jeunesse de mon esprit… La seule crème que j’utilise et cela de manière sporadique est la bonne vieille crème nivéa !

    • Ta référence à M. Baume qui oubliait que nous sommes des filles vient de me faire renverser mon café post-déjeuner. Zeus and Epona bless him indeed.
      Et puis-je me permettre de saisir cette occasion de te faire compliment de ta grande agilité d’esprit et de ton ouverture culturelle, signe d’une grande jeunesse intellectuelle ?

  7. Je me suis bien marré en lisant ça. Enfin tu rigoles, mais toutes mes collègues de 25-26 ans utilisent des crèmes antirides. Solidarité avec ton amie qui t’a posé la question.

    • Je suis fascinée par l’âge à laquelle la société indique aux jeunes femmes qu’il faut qu’elles commencent à se sentir « vieille ». Vingt-cinq ans, sweet lord. Du haut de mes trente ans, si je puis me le permettre, j’ai un message à vous transmettre : « BANDE DE GAMINES ! »

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