Je suis allée en Chine et j’ai ramené un dragon, Première Partie : Beijing

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Je ne connais rien à la Chine. Ne rien connaître à 1/6 de l’humanité est fâcheux : je suis donc allée en Chine dans le but de ne rien y connaître, mais sur place.

J’ai pris des photographies et, si mon appareil est vieux, les choses photographiées n’en étaient pas moins belles. C’est pourquoi je les rassemble ici dans le but de vous encourager à acheter vos propres billets d’avion ou de transsibérien.

Puisqu’il n’est pas très intéressant pour une personne aussi geek que moi (et peut-être que vous) de voir les choses sans connaître le contexte, les légendes des photographies seront lonnnnnnnnngues. Vous me connaissez, j’ai lu quinze livres d’histoire durant les longs trajets en car et maintenant, que vous le vouliez ou non, vous allez aussi savoir ce qu’ils contenaient. Pour ceux qui arriveront au bout, il y aura une photographie de mon nouvel animal de compagnie, qui est un dragon, à la clef. Lançons-nous !

Ce déluge de photographies est le premier d’une série. Vous trouverez les autres parties ci-dessous :
Deuxième Partie : la Grande Muraille et l’armée de terre cuite
– Troisième Partie : Confucianisme, taoïsme et montagnes sacrées
– Quatrième Partie : Bouddhisme et religions de la Route de la Soie
– Cinquième Partie : en Chine, en 2015

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Première Partie : Beijing

Ne connaissant rien à l’histoire de la Chine, je me suis rendue à la Cité Interdite pour implorer les fantômes des empereurs passés de m’éclairer. Lorsque je m’y suis présentée, j’étais accompagnée par la moitié de la Chine et une bonne partie de l’Occident, en tout cas à ce qu’il me semblait.

Beijing - citée interdite 3

Appelée 故宮 ou « palais historique » en version originale, la Cité Interdite (interdite surtout aux occidentaux, évidemment) a été la demeure des empereurs de Chine de 1420 à 1912. Ses toits sont jaunes, couleur que seul l’empereur avait le droit d’utiliser. C’est évidemment magnifique, mais la photographie ne rend pas justice au vacarme de l’endroit. Il faut s’imaginer que chacun des groupes que vous voyez ici possède un guide qui parle très fort dans un porte-voix. L’addition de tous ces commentaires fait plus de bruit qu’une manifestation réussie de la CGT boulevard Montparnasse.

Par ailleurs, ce ne sont pas mes doigts qui font de l’ombre sur les coins de la photographie . Ce n’est pas non plus un filtre quelconque : je n’ai changé la luminosité ou les couleurs d’aucune de ces photographies. C’est, je suppose, la pollution atmosphérique, ou peut-être un vol de phénix.

Beijing - citée interdite 2

Le palais tel qu’il existe aujourd’hui a été construit principalement sous la dynastie Qing, la dernière dynastie impériale, qui a régné sur la Chine de 1644 à 1912. Les Qing (清, nom qui signifie « clair » ou « pur ») appartenaient à une ethnie venue du nord, les mandchous. Ce n’est pas un détail car, bien que l’architecture des palais soit typiquement chinoise et que les rituels pratiqués par l’empereur l’étaient également, la plupart des empereurs parlaient mandchou au sein de leur cour et prenaient soin de conserver leur culture, qu’ils considéraient comme la source de la force qui leur avait permis de conquérir la Chine. Cependant, dans le but d’être acceptés comme une dynastie légitime, ils ont parallèlement fait de grands efforts pour comprendre la culture et la population chinoise : par exemple, ils ont encouragé le confucianisme et la conservation des textes classiques. Vers la fin du régime, les empereurs étaient de plus en plus éloignés de leur culture mandchoue.

Le lien avec la population a fini par se briser au début du XXe siècle. D’une part parce que le régime vieillissait et perdait sa capacité à répondre aux crises intérieures. D’autre part parce que les occidentaux et les japonais dominaient militairement l’armée chinoise et, après chaque défaite, exigeaient des concessions très coûteuses (littéralement, à travers des réparations de guerre). Les deux problèmes sont bien entendus liés –  le régime confucianiste n’encourage pas la force militaire et les Qing peinaient face aux rébellions armées à l’intérieur et aux pressions occidentales à l’extérieur.

A l’issue du XIXe siècle, le régime était ruiné et n’avait plus les moyens de maintenir l’ordre dans les provinces. Suite à des décisions politiques désastreuses, il perdit petit à petit tout soutien populaire et la république fut déclarée en 1912. Le dernier empereur, Puyi, fut cependant autorisé à résider dans la Cité Interdite jusqu’en 1925, au milieu des eunuques.

Beijing - citée interdite 1

Dans l’imaginaire de l’Occident, ces empereurs mandchous ont longtemps incarné l’idée de « chinois », ce qui est évidemment paradoxal. Par exemple, dans la culture populaire occidentale du XIXe siècle (les caricatures de presse en particulier), on distinguait les chinois des autres nations d’Asie par la forme de tonsure qui consiste à se raser le front et à porter le reste de ses cheveux en natte (pensez à Chow Yun Fat dans « Tigre et Dragon »). C’est en fait une coiffure d’origine mandchou et non chinoise, même si les mandchous ont forcé la majorité de la population chinoise à l’adopter.

Beijing - jardin de Qianlong 1

De manière surprenante, on trouve des endroits très calmes dans la Cité Interdite car les groupes de touristes restent dans la partie principale. La résidence bâtie par l’empereur Qianlong, dont vous voyez ici le joli jardin paysagé, en est un bon exemple. L’empereur mandchou Qianlong (né en 1711, il a régné de 1735 à 1799) voulait s’installer dans cette résidence après avoir abdiqué car il avait fait le vœu, par respect filial, de ne pas régner plus longtemps que son père.

Beijing - jardin de Qianlong 2

L’endroit est charmant, mais il prend un aspect morbide quand on sait – chose qui n’est pas du tout précisée dans les indications fournies sur place, et que j’ai apprise bien plus tard dans un bouquin – que Qianlong, dans sa jeunesse un monarque compétent et volontaire, était devenu « sénile » (pour reprendre les mots de l’historien John King Fairbank) à la fin de son règne et laissait la Chine aux mains de ministres corrompus : alors qu’il s’amusait dans son joli jardin à faire flotter des coupes de vin sur une rivière artificielle, la Chine était secouée par des crises meurtrières. Pour n’en mentionner qu’une, à l’époque, les soulèvements de la secte d’inspiration bouddhiste du Lotus Blanc faisaient des milliers de morts dans le sud-ouest de la Chine. Les dernières années du règne de Qianlong sont considérés comme le premier signe de l’effondrement à venir du régime mandchou.

Beijing - citée interdite 4

Mais cela reste d’une grande beauté. Si vous vous posez des questions existentielles sur le sens des détails architecturaux que vous voyez sur cette photographie, j’ai trouvé cette mine d’informations.

Palais d'été 1

Toujours à Beijing, et toujours construit par la dynastie mandchoue Qing, le Palais d’Été des empereurs (en chinois 颐和园, « jardin de l’harmonie préservée ») est magnifique. L’air frais venu du lac voisin en fait un endroit plaisant et reposant malgré la foule. De plus, j’ai un faible pour cet endroit car j’ai réussi à avoir ma première conversation en mandarin là-bas (avec mon adorable voisine de chaise sur le bateau qui traversait le lac).

Note : la jeune fille en question venait de Mongolie Intérieure. C’est une habitude chez moi de parler mandarin avec des habitants de Mongolie, puisque ma première conversation en mandarin dans la vraie vie avait eu lieu avec une jeune mongole qui avait étudié en Chine. Le Ciel m’envoie des signes, il faut que je m’installe en Mongolie pour y élever des chevaux – ou bien que je tente de reformer la Horde d’Or.

Palais d'été 2

Malheureusement, dans la même veine que le jardin de Qianlong, le palais d’été prend un aspect beaucoup moins riant quand on sait que l’impératrice douairière Cixi (qui a régné sur la Chine de 1861 à 1908 après la mort de son époux, l’empereur Xianfeng, en fomentant un coup d’état pour renverser les régents nommés par son défunt mari) a préféré utiliser tout l’argent du royaume pour restaurer et embellir ce palais plutôt que pour moderniser l’armée. Or, à l’époque, la Chine était en train d’être démantelée petit à petit par les puissances impérialistes occidentales et par le Japon. Moderniser l’armée aurait sans doute permis à la Chine de tenir tête aux occidentaux, aux japonais et aux révoltes intérieures.

A la décharge de Cixi, si le palais avait besoin d’être restauré, c’est qu’il avait été pillé et détruit par les troupes impérialistes françaises et anglaises. Je suis donc mal placée pour critiquer.

(…et à la décharge des troupes franco-anglaises, ils avaient mis le feu au palais parce que l’empereur Xianfeng avait fait torturer jusqu’au trépas les membres d’une mission diplomatique européenne. Et si on remonte encore plus loin, il l’avait fait parce que… etc., etc., l’Histoire est dominée par la violence, le sang appelle le sang et l’humanité est perdue. Repentons-nous, mes frères et sœurs, etc.)

Encore à la décharge de Cixi, elle a essayé durant son règne de faire interdire la pratique des pieds bandés, ce qui lui vaut au moins mille points de karma. Tout ceci est cependant bien sombre. Arrêtons d’être pessimistes : regardez, j’ai capturé un dragon !

Dragonnnn 2

Je l’ai mis moi-même dans sa cage. Et un phénix !

Phénix, mon ami

Mais évidemment, je les ai ensuite relâchés, sinon ce ne serait pas bien. Le dragon et le phénix sont des animaux bienveillants qui apparaissent souvent ensemble et, dit-on, augurent des périodes fastes. Par ailleurs, le dragon est un symbole de l’empereur et le phénix, un symbole de l’impératrice.

Palais d'été 3

A propos d’impératrice, si vous ne lisez pas le pinyin, sachez que le nom de l’impératrice « Cixi » se prononce plus ou moins « Tsi-hsi ». Ce qui donne presque Sissi, ce qui me permet de faire des jeux de mots idiots sur le fait que toutes les Sissi finissent impératrices.

Je suis désolée. Il fallait, pour mon propre salut, que je fasse la plaisanterie la plus bête possible. Comprenez-moi ! Pour écrire le court résumé précédent, j’ai lu en long, en large et en travers des livres à propos d’insurrections populaires meurtrières, d’exactions commises en Chine par mon propre pays et de torture institutionnalisée de la femme à travers la pratique des pieds bandés. Je n’ai pas une confiance folle dans l’humanité à la minute présente.

Dieu merci, le canard laqué pékinois est là pour me soutenir moralement. Et ce n’est pas tout. Regardez, voilà un lama qui vous traite de motherf*ck*r dans une vitrine de l’allée commerciale de Nanluoguxiang. Je me déjà mieux.

Lama impoli

D’ailleurs, je me sens très proche de cet animal car mon amie Lise m’a déjà fait remarquer que je ressemble un peu à un lama (c’est vrai : j’ai un long cou et un port de tête souverain, exactement comme cette noble créature) : ce lama vert est sûrement mon animal-totem. Ou alors, c’est un message politique lié au lamaïsme tibétain et à ce qu’il pense de la politique du gouvernement au Tibet, je ne sais.

Si vous n’en avez pas assez des légendes de six pages, vous trouverez ici la seconde série de photographies, concernant la Grande Muraille et l’Armée de Terre Cuite.

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7 réponses à “Je suis allée en Chine et j’ai ramené un dragon, Première Partie : Beijing

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  4. PS: Le lama a l’air sacrément flippant quand même… Serait-ce la version Walking Dead ?

    • Je ne comprends pas ce lama. Je suis cependant heureuse que toi aussi, tu le vois : j’avais peur qu’il ne soit le fruit de mon imagination.

  5. Encore une fois, je remarque que les Français ont trouvé le moyen de ramener dleur fraise dansl es affaires des autres ^^. Très belles photos ! Je passe au deuxième blog !

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