Je suis allée en Chine et j’ai ramené un dragon, Cinquième Partie : en Chine, en 2015

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Cet article est la quatrième partie d’un projet qui consiste à mettre en ligne un déluge de photographies prises en Chine, accompagnées par un déluge d’informations culturelles, dans le but de vous encouragez « subtilement » à vous y rendre. Vous trouverez les autres parties ci-dessous :
Première Partie : Beijing

– Deuxième Partie : Grande Muraille et armée de terre cuite
Troisième Partie : Confucianisme, taoïsme et montagnes sacrées

– Quatrième Partie : Bouddhisme et religions de la Route de la Soie

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Cnquième Partie : En Chine, en 2015

Avez-vous remarqué que j’ai fait cinq parties, nombre fondamental de la cosmogonie chinoise traditionnelle ? Quelle harmonie entre le fond et la forme. Comme c’est habile. Et comme je sais le souligner avec modestie et subtilité.

Cependant, comme le « pic du milieu » du Hua Shan qui est en réalité un vague rocher, il me faut avouer que ma cinquième partie ne sera pas à la hauteur des problématiques historico-culturelles soulevées dans les autres. En effet, je vais ici tout simplement décrire ce qui vous arrive lorsque vous êtes une française qui se promène en Chine.

Premièrement, si vous parlez mandarin, vous entendrez les passants discuter de vous dans la rue en disant « tu as vu l’américaine, là-bas ? ». Cela vous remontera le moral lorsque vous échouerez, au milieu d’une rue animée, à manger des brochettes avec la même grâce kinétique que les chinois habitués à manger debout, en marchant et en jouant avec leur téléphone depuis leur plus tendre enfance. Rassurez-vous, vous n’êtes pas en train de déconsidérer la France en vous en mettant plein les mains puisque tout le monde pense que vous êtes américaine.

meilleures galettes de légumes

(Note : je n’allais pas renoncer à me goinfrer dans la rue pour autant. Par exemple, personne n’aurait plus me faire renoncer aux galettes de légumes délicieuses à 3 yuan, c’est-à-dire 50 centimes d’euro, de cette fine cuisinière de Xi’An.)

Les touristes occidentaux sont nombreux en Chine continentale, mais ils sont loin d’aller dans toutes les villes. De plus, même dans les grandes villes comme Beijing, il y aura toujours assez de visiteurs chinois venus de provinces moins touristiques pour qu’au moins une personne par jour saute en l’air en vous apercevant. Ceci dit, il n’y a vraiment rien de méchant là-dedans, c’est tout simplement une honnête surprise.

gâteaux de lune

(Incidemment, je refuse aussi de renoncer aux « gâteaux de lune » que l’on vend tout chauds dans les rues de Pingyao, et dont l’intérieur est creux mais garni d’une mince couche de confiture à peine sucrée.)

Mentionnant l’essor du christianisme en Chine, nous parlions de l’attrait de l’étranger. A ce sujet, une chose étrange arrive lorsque vous êtes une occidentale en Chine : les passants, quand ils se sont remis de votre présence, vous arrêtent dans la rue pour vous demander de se prendre en photographie avec vous. Pourquoi ? « Parce que vous êtes très belle », « 很漂亮 », vous dira-t-on, apparemment avec sincérité. Ai-je besoin de le préciser, cela ne m’arrive pas en France.

Même quand on ne vous adresse pas la parole, vous remarquerez parfois que les passants qui ont sauté en l’air en vous voyant se retournent vers leurs amis pour leur signaler qu’une personne incroyablement 漂亮, i.e. belle, vient de faire son apparition. Et cela arrive tout le temps. Quel que soient les vêtements que vous portez, quel que soit l’état de fatigue et de froid dans lequel vous vous trouvez, même si vous êtes en haut d’une montagne, gelée après une nuit à dormir dans votre manteau, il y aura toujours une petite fille chinoise pour crier « Oh ! Regarde maman, comme elle est belle, l’étrangère ! » ou quelqu’un pour vous demander une photographie « parce que vous êtes very beautiful ». Sûrement pas en ce moment.

Après quinze séances de photographies improvisées, j’ai décidé de prendre, moi aussi, des photographies avec les gens qui m’en demandaient en utilisant mon propre appareil. Voilà le résultat (partiel, car je ne sais pas cadrer un selfie).

Super selfie

Cependant, la situation s’y prêtait rarement car, si je commençais à prendre des photographies avec des gens dans un endroit public, d’autres passants se mettaient à faire la queue pour avoir eux aussi une photographie. Je n’exagère absolument pas. D’ailleurs, si vous êtes allé(e)s en Chine, vous savez que je n’exagère pas.

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On m’a également mis deux nourrissons inconnus dans les bras pour que je sois photographiée avec eux, une fois sur un pont au-dessus d’une rivière glacée et une autre sur un escalier escarpé menant à un temple au sommet d’un pic. Je suis heureuse, au moins, d’avoir un visage qui inspire la confiance en ma capacité à ne pas laisser tomber les enfants du haut d’un escalier ou d’un pont.

C’est vraiment une question d’exotisme, car à Xi’An, ville où le rapport « nombre de touristes étrangers/population locale » est inhabituellement élevé à cause de la présence de l’armée de terre cuite, personne ne m’a arrêtée pour me demander une photographie.
En revanche, la ville où j’ai été le plus complimentée est Wudangshan. Je ne m’y attendais pas : je pensais qu’avec l’attrait du mont Wudang les touristes étrangers seraient monnaie courante, mais non, pas du tout. Il m’est arrivé de marcher le long d’une rue et, à chaque groupe que je croisais, quelqu’un disait « 漂亮 » (« jolie ») du même ton qu’on dirait « il fait frais ce soir ». 漂亮. 漂亮. 漂亮. Tout ceci était pour le moins inhabituel.

J’insiste, et j’insiste autant que je peux insister : je sais très bien que ceci n’arrivait pas du tout parce que je suis vraiment jolie. Je ne suis pas en train d’essayer de me vanter discrètement (je me vante toujours ouvertement). Tout ce succès tenait uniquement à mon exotisme.
En effet, même si je me trouve bien assez séduisante pour l’usage que j’en fais, je suis parfaitement consciente que, en France, je ne suis pas considérée comme un rayonnant mélange de Natalie Portman et Keira Knightley. Le monde me l’aurait fait savoir depuis longtemps si c’était le cas. Ce n’est pas le cas, je n’étais donc considérée comme « belle » que parce que j’étais occidentale.
D’ailleurs, plusieurs des personnes qui m’ont demandé des photographies « parce que vous êtes belles » sont en fait beaucoup plus ravissantes que je ne l’ai jamais été. Soyons honnêtes :

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…non seulement cette jeune femme pourrait être la petite sœur de Gong Li, mais en plus sa veste en cuir en jette.

(Elle était d’ailleurs très sympathique. Originaire de Mongolie Intérieure, elle venait de débarquer à Beijing et m’a longuement parlé de ses projets et de ses études trois minutes après m’avoir rencontrée.)

Le jour où on m’a demandé le plus de photographies « parce que vous êtes belle ! » a été celui après la nuit sur le Hua Shan, durant laquelle j’avais gelé au dernier degré et où, en l’absence d’eau courante, je n’avais pas pu me laver ne serait-ce que le visage. Comme vous pouvez l’imaginer, être belle et bien coiffée n’était pas à ce moment dans mes préoccupations.

C’est pourquoi, dans un premier temps, j’étais un peu attristée par tout ceci. En effet, puisque je recevais des compliments purement parce que je suis occidentale, j’avais l’impression que les chinois qui me demandaient des photographies pensaient que « ce qui est occidental (et donc différent de moi) est beau ».
Ce qui n’est pas très joyeux, d’autant plus qu’à titre personnel il m’est difficile d’imaginer quoi que ce soit de plus beau que la grâce chinoise.

Ceci dit, il me semble à présent que ce n’est pas vraiment ça. Ce n’est qu’une théorie, mais j’ai l’impression qu’il s’agit plutôt d’une réaction d’enthousiasme devant la variété du monde, que la population chinoise n’avait probablement pas l’occasion de constater d’aussi près il y a une vingtaine d’année. Je traduis donc plutôt les demandes de photographies par : « Regardez-ça ! Une étrangère jusque dans un temple au Wutai Shan, je ne m’y attendais pas, quelle surprise ! C’est fou, la période dans laquelle nous vivons ! Les choses sont bien plus variées et intéressantes, c’est beau ! Prenons une photographie pour nous souvenir de ce moment ! Hep, mademoiselle, je vous trouve belle ! »

N’hésitez pas, d’ailleurs, à me donner votre propre interprétation de ce phénomène. Si vous êtes un chinois ou une chinoise qui passerait par ici, votre avis éclairé serait particulièrement bienvenu.

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J’écris ceci à mon retour en France. Je vous ai montré des pages et des pages de photographies d’endroits fortement chargés d’histoire mais, en réalité, je passais le plus clair de mon temps dans la Chine moderne, à essayer de trouver mon bus et d’avoir des conversations en mandarin. Et cela me manque, car il n’y a rien de plus intéressant que d’essayer de communiquer avec des gens à travers les voiles d’une langue qui cherche à vous transmettre des idées comme « Mount Wudang is full of mystery and effectuality ». C’est pourquoi je vais prendre un moment pour vous montrer quelques images qui ne marqueront probablement pas l’histoire…

Grande Pagode de l'Oie Sauvage

La Grande Pagode de l’Oie Sauvage de Xi’An se reflète dans un building moderne.

Calligraphie

Non loin de là, un vieil homme faisait de la calligraphie dans la rue en dessinant des caractères avec de l’eau.

Paulownia

Toujours à Xi’An – 西安, dans un faubourg loin du centre-ville. L’arbre à fleurs mauves est un paulownia, espèce précieuse en Europe mais endémique en Chine. J’en voyais des bosquets entiers dans les campagnes et j’avais l’impression que leurs fleurs allaient recouvrir tout le pays. Ces fleurs sentent délicieusement bon, et, si vous voulez le constater par vous-même, vous pouvez aller respirer leur parfum autour du jardin public place du président Mithouard à Paris.

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西安北, la gare des trains express de Xi’An, parce qu’il faut bien partir.

Lac

Le lac de Shichahai (什刹海) à Beijing.

Et une dernière image historique :

Mausoleum

Le mausolée de Mao Zedong.

Pour ne pas finir sur des choses sérieuses, je tiens à déclarer mon amour pour le canard laqué à la pékinoise.

Canard laqué

C’est tellement délicieux. Je ne suis pas encore remise de la façon dont la peau fond dans la bouche.

Lorsque j’ai mangé mon second canard laqué, une gentille serveuse a pris le temps de m’expliquer comment il fallait procéder. Il faut, me montra-t-elle, faire soi-même une sorte de sandwich avec le canard, la sauce, des légumes et une crêpe de riz, puis manger ce sandwich avec les doigts. Incapable de concevoir qu’un met aussi délicat puisse se manger avec les doigts, j’ai pensé que la serveuse disait cela pour me simplifier la vie, parce que j’avais une tête à ne pas savoir utiliser des baguettes. Et pourtant, j’adore manger avec les doigts !
Heureusement, le restaurant passait une vidéo publicitaire qui montrait une ravissante mannequin chinoise, habillée comme Audrey Hepburn, en train de manger son canard avec les doigts d’un air d’extase. Je dus me rendre à l’évidence : j’étais bien supposée manger mon canard divin comme un sandwich.

C’est alors je connus une crise morale sans précédent.
« Chère Chine, déclarai-je solennellement, veux-tu m’épouser ? Je sais que c’est un peu rapide, mais si tu veux nous pouvons avoir une liaison pour commencer.
« A mes yeux, tu es parfaite ; tu as la culture, l’histoire, mais aussi ce petit brin de gloutonnerie qui te fais manger avec les doigts et me fait penser que tu dois être un excellent coup. Je suis prête à tout pour que tu dises oui, y compris à apprendre le cantonnais en plus du mandarin, je n’en suis plus à cent sinogrammes près.
« Comment ça, Chine, tu me dis ‘Oriane, ne le prends pas mal mais je pense que tu es un peu ivre’ ?
« OUI, je suis COMPLETEMENT ivre, qu’est-ce que tu crois. Il n’y a pas de bouteilles de bière de 25 cl ici, je vide des bouteilles de 50 cl depuis un mois et mon taux d’alcoolémie dépasse probablement le sommet du mont Wudang. »

Je n’avais pas prévu d’acheter de souvenirs mais, sans doute toujours sous l’influence des bouteilles de 50 cl, j’ai découvert le jour de mon départ qu’il plaisait à mon âme de ramener un symbole tangible de mon séjour en Chine. Sans hésiter, je me suis rendu au marché des antiquités de Beijing, lequel est plein de pseudo-antiquités merveilleusement kitsch qui étaient exactement ce que je recherchais. Après avoir fait trois fois le tour du marché, je conclus que mon futur nouvel ami était un dragon et j’allais le marchander à sa propriétaire en faisant semblant de m’en aller deux fois en déclarant « non, je n’en veux pas, c’est trop cher ».
Cela me permit de réduire le prix de moitié, mais je me suis tout de même probablement fait avoir car les vendeurs de ce marché sont connus pour multiplier le prix de leurs produits par cinq si l’envie les en prend.

Quelle importance ?

Dralfie

Et c’est ainsi que je suis allée en Chine et j’ai capturé un dragon. J’ai décidé qu’il s’appelle Qin Shi Huang.

Qin Shi Huang

Mon nouvel ami Qin Shi Huang trône maintenant sur ma bibliothèque. Outre sa beauté, il pourra tenir le rôle du dragon Níðhöggr dans mon prochain Yggdrasil de Noël ou m’aider à cosplayer l’archange Michel, car ce genre de petits services n’est rien entre amis.

« Zai jian », chers amis, et si vous êtes arrivés jusqu’ici j’espère que cela vous aura distrait ou donné envie d’aller en Chine, ou même donné envie d’aller n’importe où pour vivre de grandes aventures en haut de diverses montagnes.

Maintenant, allez partout dans le monde car malgré les leçons déprimantes de l’Histoire il est 很漂亮.

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12 réponses à “Je suis allée en Chine et j’ai ramené un dragon, Cinquième Partie : en Chine, en 2015

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  3. Voilà, moi aussi j’ai fini ! Merci pour cette jolie balade. 🙂

  4. Et dernière revue orthographique ;):
    Je ne m’attendais pas : je pensais qu’avec l’attrait du mon Wudang (tu es bien possessive avec la Chine mademoiselle 😉

  5. Alors j’ai une question. Dans la mosaïque de photographies, je vois surtout des filles (et des mignonnes, comme tu dis). C’est représentatif des gens qui voulaient des photos ? J’aurais pensé qu’il y aurait plus de gars.

    • Excellente remarque et non, ce n’est pas du tout un échantillon représentatif, il y avait au moins 50% d’hommes. Il y avait aussi davantage de personnes dans les quarante-cinquante ans, d’où ma théorie du « tiens, regardez dans quelle époque nous vivons, il n’y avait pas autant d’étrangers avant, c’est cool ».

      La raison pour laquelle il y a plus de jeunes filles sur ma mosaïque est tout simplement que c’était plus simple de leur demander une contre-photographie. Quand elles demandaient pourquoi je voulais une photographie d’elles, je pouvais répondre « mais parce que toi aussi, tu es très jolie » et cela leur faisait plaisir. C’est délicat de donner la même raison au chauffeur de car de cinquante ans qui vient de te demander la permission de te photographier avec son téléphone portable.

      • Dire au chauffeur du car de cinquante berges qu’il est trop beau. Lol, je vois le problème.
        Sinon, merci pour cette réponse, c’est marrant cette histoire. Des amis (des gars) que je connais qui ont fait un séjour en Chine m’ont dit qu’eux aussi avaient été pas mal photographiés, mais ils ne parlaient pas chinois et on ne leur donnait pas d’explication. Ils vont être trop heureux quand ils vont apprendre que c’est parce qu’ils sont beaux. 😀

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