Un hommage lyrique à ma bibliothèque universitaire

J'en ai fini un, j'ai jusqu'au 25 novembre pour finir l'autre : si je ne dors pas cette nuit et que je laisse tomber tous mes amis, c'est jouable.

J’en ai fini un, j’ai jusqu’au 25 novembre pour finir l’autre : si je ne dors pas cette nuit et que je laisse tomber tous mes amis, c’est faisable.

Chers amis, chers visiteurs réguliers,
(et chers visiteurs arrivés ici par hasard, qui êtes également les bienvenus)

Je m’en suis rendu compte il y a quelques années lorsque j’ai perdu une personne très chère : dans les moments désagréables, je pense qu’il est bon de faire des déclarations d’amour. En effet, lorsque la situation est difficile (par exemple, au hasard, lorsque la situation politique de votre pays est une telle catastrophe que cela réussit à apitoyer même les américains), rien n’est plus salutaire que de se souvenir qu’il reste des choses merveilleuses à portée de main dans le monde, de les admirer, de prendre le temps de les chérir dans son cœur puis, prenant une grande inspiration, de rejeter sa tête en arrière et de déclarer au monde qu’on l’aime encore puisque des choses aussi merveilleuses s’y trouvent. Forte de ce principe, j’aimerais aujourd’hui faire une grande déclaration d’amour à ma bibliothèque universitaire.

Cette année, en parallèle avec mon travail, j’ai repris des études dans une université publique – une licence de langue et civilisation chinoises, langue dans laquelle je peux pour le moment vaguement bavarder et commander de la nourriture, mais c’est tout. Mon emploi du temps se présente comme ceci : deux jours par semaine, université & apprentissage de sinogrammes. Quatre jours par semaine, travailler pour payer mes factures. Prendre des week-ends, du repos et faire du sport sérieusement et régulièrement : nous verrons l’année prochaine, il y a des priorités dans la vie.

Outre le fait que les cours sont passionnants, c’est à cette occasion que je me suis rendu compte à quel point je dilapide habituellement mon argent en livres. Ce n’est plus le cas cette année : en effet, la bibliothèque universitaire locale et gratuite est pleine de livres magnifiques sélectionnés par des professeurs qui connaissent et chérissent leurs sujets. Ces livres sont parfois un peu anciens et dépourvus de chiffres actuels, mais leur contenu est toujours d’une richesse qui fait regarder le monde d’un œil neuf. Je n’ai pas acheté de nouveau livre depuis au moins deux mois et j’ai donc économisé un peu plus d’une centaine d’euros. Cela veut dire, entre autres, que mon manque à gagner du point de vue financier (puisque, fatalement, je travaille moins) est presque rattrapé ; mais cela veut dire aussi que je n’ai pas participé cette année à la pollution des eaux et à la disparition des forêts canadiennes en faisant fabriquer du papier, ou encore que je n’ai pas, pour une fois, encouragé Amazon à maltraiter ses employés en enrichissant cette entreprise via mes achats massifs pour Kindle. Ô joie. Remercions les institutions qui permettent ainsi aux étudiants de devenir moins bêtes sans s’endetter jusqu’à la vingtième génération !

Mais ce n’est pas le seul bénéfice que je tire de cette bibliothèque. Comme plusieurs de mes amis et peut-être comme vous, mes frères et mes sœurs en humanité, j’ai une mauvaise habitude qui n’a de nom qu’en japonais mais qui existe partout dans le monde : le Tsundoku (積ん読). Ce mot signifie littéralement « pile de lecture » et il est utilisé lorsque quelqu’un achète régulièrement des piles de livres mais n’a jamais le temps de les lire. J’en ai souffert, mais je découvre cette année que c’est un problème qui ne touche que les horribles capitalistes. En effet, si vous ne possédez pas le livre que vous lisez, s’il n’est empruntable que pour deux semaines et si quelqu’un l’a réservé après vous, je peux vous assurer qu’il sera fini en deux temps et trois mouvements. C’est fou comme la panique de penser qu’on n’aura pas le temps de découvrir ce qui arrive aux minorités nationales présentes dans la région du Yunnan en Chine jusqu’en 1989 fait lire plus vite.

C’est pourquoi, aux étudiants qui pourraient passer par là (et aux professeurs, mais ils sont assez grands pour l’avoir déjà remarqué), j’adresse du fond du cœur ce plaidoyer : montrons notre appréciation à nos bibliothèques universitaires en tournant toutes les pages de leurs livres (sauf ceux dont les auteurs font exprès de philosopher de manière obscure, qui ne méritent généralement pas notre temps). Malheureusement, il existe sur cette planète quelques personnes, issues de différents horizons mais toutes également basses de plafond et d’intentions, qui pensent qu’un seul livre suffit et souhaitent imposer par la force cette opinion autour d’eux. Dans cette situation, une bibliothèque universitaire, avec ses livres aux opinions contradictoires rangés en bonne amitié les uns à côté des autres, illumine davantage la nuit que le phare d’Alexandrie. L’humanité est beaucoup moins désespérante quand on considère qu’elle n’a pas bâti seulement des palais dorés pour les dictateurs mais aussi des lieux comme celui-là, et que des personnes s’y rendent chaque jour pour lire ou pour aider par leur travail les autres à mieux lire. Merci.

Pour finir ce message pour une fois simple, sincère et plein d’espoir (que j’ai évidemment écrit avec des larmes et des étoiles dans les yeux), j’aimerais ajouter que l’étudiant qui a emprunté ce livre sur l’histoire de la Corée qu’il devait rendre le 16 octobre (et dont il a prolongé l’emprunt jusqu’au 7 décembre prochain alors que j’avais réservé ce livre depuis le 20 octobre) est un cancrelat.

Sur quoi, n’hésitez pas à prendre vous aussi une grande inspiration et à me dire ce qui vous fait garder confiance en l’humanité, que ce soit dans les commentaires ou lorsque nous nous croiserons.
HW

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2 réponses à “Un hommage lyrique à ma bibliothèque universitaire

  1. Dénouement : l’étudiant qui avait prolongé son emprunt de « l’Histoire de la Corée » jusqu’au 7 décembre vient de le rendre en avance (24 novembre). La veille, désespérant de jamais mettre la main sur ce livre, j’en avais emprunté un autre, atteignant ainsi la limite du nombre de livres que je pouvais emprunter pour le mois de novembre. Je ne peux donc plus l’emprunter.
    Inconnu, je te maudis et te condamnes à ne manger que des chocolats médiocres à Noël. Non, attendez, c’est trop cruel… Disons un jour sur deux.

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